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11/06/2026

Armand Robin, Ma vie sans moi

 

armand robin, ma vie sans moi, silence, néant

Le moins de mots que j’ai pu et le silence

 

Moi le rien

Je pense ne rien exprimer

Avec des bruits de ruisseau je me contente de murmurer

 

                                      *

 

          Néant

 

Quand ils ne parlent plus

Les hommes savent tous

Qu’ils sont nés pour tien

 

Armand Robin, Fragments, dans Ma vie sans moi, éditions Françoise Morvan, Poésie/Gallimard, 2026, p. 358 et 359.

 

10/06/2026

Armand Robin, Ma vie sans moi

                           

                     armand robin, ma vie sans moi, traduction

                             Traduction 

Le grand avantage d’une traduction est que personne ne vous en sauré gré et que cet acte de poésie sera oublié, ou tout au moins jugé compromis ou équivoque ; les beautés viendront toujours du poème induit, les faiblesses toujours du traducteur. Le poème est recréé, mais à partir de sa fin, en remontant vers sa pure origine, souffle amical remontant toutes les eaux qui une fois déjà s’écoulèrent.

 

Armand Robin, Fragments, dans Ma vie sans moi, éditions Françoise Morvan, Poésie/Gallimard, 2026, p. 307.

09/06/2026

Armand Robin, Ma vie sans moi

                        armand robin, ma vie sans moi, sommeil

                        Mon après-minuit

C’est une heure où le corps, où le monde ont dû renoncer à leurs apparences abusives. Tout ce qui est néant est bien anéanti : il ne reste hors de l’être que l’âme, hors des choses que leur éternité.

Chaque jour au bout de vingt heures, je m’arrête et m’endors malgré moi ; mon sommeil est traversé de regrets. Du moins je me refuse à mon sommeil, je préfère, abasourdi, que mon sommeil soit, [.], que je n’en sois pas coupable.

 

Armand Robin, Fragments, dans Ma vie sans moi, éditions Françoise Morvan, Poésie/Gallimard, 2026, p. 303.

 

08/06/2026

Armand Robin, Ma vie sans moi

                         armand robin, ma vie sans moi, nature

Pour se livrer au bruissement des oiseaux, quelle surabondance d’ailes et de gazouillements ne faut-il pas loger en soi ? Quel immense espace d’eaux ne faut-il pas voir en soi pour aborder à la première vraie rive ? Seuls se hâtent au désert ceux qui sont plus désolés qu’un continent de sable ! Combien d’ombrages en soi ne faut-il pas pour se fier aux ombrages des arbres ?

Armand Robin, Fragments, dans Ma vie sans moi,

édition Françoise Morvan, Poésie/Gallimard, 2026, p. 299.

07/06/2026

Armand Robin, Ma vie sans moi

                             armand robin, ma vie sans moi, langage

                       Refuge en Chine

 

Le chinois soudain m’assura ce qui me manque. Ce fut une très forte partie entre les monstres mots et moi.

Rien, malgré toutes les langues, ne pouvait me libérer des mots strictement établis ; les langues de mes pays d’ici me faisaient coupable d’expressions qu’aucun coup de dés ne dérangeait. Nous écrivons un mot et il faut que deux ou trois le soutiennent ; l’inerte plasma de syntaxe ; il faut prêter main-forte au verbe ; mots libres, comme une âme, d’aller vers l’erreur ; langue sans pebte.

 

Au prix de mots gaspillés

Nous suggérons des mots

Je m’en allais dans un pays où Mallarmé était réel

Vie et mots gaspillés,

Et près d’eux le monde entier, arrêté !

 

Armand Robin, Fragments, dans Ma vie sans moi,

édition Françoise Morvan, Poésie/Gallimard, 2026, p. 234.

 

06/06/2026

Armand Robin, Ma vie sans moi

 

armand robin, ma vie sans moi, étranger

                         L’étranger

 

Je ne suis qu’apparemment ici

Loin de ces jours que je vous ai donnés est projetée ma vie.

 

Malhabile conquérant par mes cris gouverné,

Où vous m’apercevez je ne suis qu’un étranger.

Gestes d’amour partout éparpillés

Je me fraie une voie isolée, désertée.

 

D’une science à l’autre j’ai pris terrier,

Lièvre apeuré sentant sur lui braqué

Le fusil savant et sûr de la destinée

Aucune terreur ne m’a manqué.

 

Armand Robin, Ma vie sans moi, édition Françoise

Morvan, Poésie/Gallimard, 2026, p. 189.

 

05/06/2026

Armand Robin, Ma vie sans moi

 

armand robin, ma vie sans moi, prolétaire

                           Étoffe

 

Je suis fabriqué dans une étoffe populaire,

J’ai les gestes des fileuses prolétariennes dans mes gestes.

J’ai jeté pendant quatre ans dans mon âme , toutes les langues

J’ai cherché, libre et fou, tous les mots non domptés,

Indifférent au tendre ciel, aux oiseaux, aux amis nuages,

Je me suis très loin de moi bloqué

Dans ma citadelle de paroles humaines.

 

         Plus émouvantes que le ciel,

Plus colorées que mes anciens prés

Ce ne fut plus mes paysages que je fis passer,

Mais les mots de tous les hommes, les paroles de liberté.

 

Armand Robin, Fragments, à la suite de Ma vie sans moi,

édition Françoise Morvan, Poésie/Gallimard, 2026, p. 214.