07/06/2026
Armand Robin, Ma vie sans moi

Refuge en Chine
Le chinois soudain m’assura ce qui me manque. Ce fut une très forte partie entre les monstres mots et moi.
Rien, malgré toutes les langues, ne pouvait me libérer des mots strictement établis ; les langues de mes pays d’ici me faisaient coupable d’expressions qu’aucun coup de dés ne dérangeait. Nous écrivons un mot et il faut que deux ou trois le soutiennent ; l’inerte plasma de syntaxe ; il faut prêter main-forte au verbe ; mots libres, comme une âme, d’aller vers l’erreur ; langue sans pebte.
Au prix de mots gaspillés
Nous suggérons des mots
Je m’en allais dans un pays où Mallarmé était réel
Vie et mots gaspillés,
Et près d’eux le monde entier, arrêté !
Armand Robin, Fragments, dans Ma vie sans moi,
édition Françoise Morvan, Poésie/Gallimard, 2026, p. 234.
Publié dans ANTHOLOGIE SANS FRONTIÈRES | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : armand robin, ma vie sans moi, langage |
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