17/09/2026
Durs Grünbein, Presque un chant

Gare de l’Est
Sous les rails : le paradis des souris.
Elles glissent sans bruit par-dessus l’acier et le ballast gris
Et ont disparu avant que le train suivant entre en gare.
Leur queue frémissante dépasse encore longtemps du trou.
Myope, on les suit en rêve. C’est là qu’elles habitent,
Dans un nid fait de vis, de mégots, d’ordures.
Ô vous, chers esprits de la gare, le voyageur se doute-t-il de ce
Qu’il vous doit, vous, ambassadrices des bas-fonds ?
Lui qi peut s’échapper sain et sauf pour Vienne ou Varsovie ?
Il survole le journal, et le paysage, au-dehors,
Réduit à la taille d’une illustration de conte, défile muet devant ses yeux.
Sur le trajet, aucune catastrophe ne l’arrache à son sommeil.
Durs Grünbein, Presque un chant, Gallimard,
2019, p. 122.
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