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16/04/2026

Henti Droguet, Le passé décomposé

 

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                                                    Paperasse

 

Bouche nègre

bidoche

scrutateur forcené de la farce

et d’un carré de nuit inépuisable

à l’imposte

 

sans pourquoi les nuages

passent considérablement

fluide alpage où s(efface

la grande infatigable

étoile matutine

 

le silence épaissi dans une île

et puis comme que comme

l’explosion ruisselante d’un chant

le vent qui rote sur l’abîme

 

la suite et le commencement

au prochain numéro

 

Henri Droguet, Le passé décomposé,

Gallimard, 1994, p.74.

15/04/2026

Henri Droguet, palimpsestes & rigodons

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Une fois pour toutes

 

JE dit l’autre boit sans soif

mauvais larron vendredi

mon quiqui mon qui

conque et qui rue

va sans dire et fait

son pas de plus et le dernier

cap au père et au pire

 

au ciel déjà presque pas bleu

mâché bourru le vent

le vrai ferme la marche

ressuie les aubes et déplisse

le sulfate écru des nuages

brujunes et bougnettes

il nourrit les colères

et l’orage vert acide et cuivre souqué

 

l’hiver déferle éternel

instantanément

                  la cendre c’est

un gouffre détraqué

de bout du monde et le rien

         défait

 

Henri Droguet, palimpsestes & rigodons,

Potentille, 2010, p. 13.

12/04/2026

Henri Droguet, Toutes affaires cessantes

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                Vanité

 

Tout le peu d’infini qui d’infini

que qui dont où

miroir opaque —aveugle abîme inouï

transparent mensonger

sans au-delà

qui me dévisage

et qui voit qui vit quoi ?

leurre   creux moitié plein moitié vide

où je perds la face

mascarade et grimace

et la chair insaisissable

 

je ne connais pas ce visage

 

les maisons sont rouges

la fenêtre blanche

le ciel froidement tombé c’est

l’étable bleue perdue

où la lune entamée caillou

pâlie bossu  disparaît

 

et voici l’effarement le plaisir

sans bornes fin fonds ni limites

l’heure avant la nuit

avant le jour c’est le vent marin

le crépuscule et c’est tout

 

Henri Droguet, Toutes affaires cessantes,

Gallimard, 2022, p. 24.

 

 

09/04/2026

Henri Droguet, Toutes affaires cessantes

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Bref

 

C’est l’heure

les grillons se sont tus

un moineau fait poudrette

un chat danse

un chien jappe

 

Le vent urgent perd le Nord    il ratisse

il aboie    met en pièces    mésuse

le soleil jette ses derniers feux

la pluie épluche et chuinte

la nuit grinçante gerce et ponce

des étoiles clignotent    ça gronde et c’est

The sound of blusting winds, which all night long

Had rous’d the sea* qui secoue son désordre

et ses viandes

 

À soir venu

un homme s’est tenu debout dans l’aulnaie

à crier son cœur fou    mâchonner son rire amer

et cru puis   il se quitte   il marche simplement

disant le mauvais froid

* Milton, Paradis lost, II, 286-287.

 

Henri Droguet, Toutes affaires cessantes,

Gallimard, 2022, p. 58.

16/03/2025

Henri Droguet, Petits arrangements avec les mots

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     Première esquisse

 

La mer se tait

le ciel congestionné montre ses muscles de passe

sur la lande vaste et vague

où traverse la douleur et l’effroi

la lumière confuse dispersée

du petit jour est toujours la même

 

l’homme piètre quelconque boit

soigneusement son vin âpre et bleu

il ouvre la fenêtre  un nuage

apatride et cucurbitacé s’avance    il y a

des tilleuls au parfum d’énigme

une jument met bas dans une prairie rouge

 

le silence enfin commence

                                                   25 juin 2023

 

Henri Droguet, Petits arrangements avec les mots,

Gallimard, 2025, p. 107.

15/03/2025

age

      henri droguet, petits arrangements avec les mots, mirage

                          Mirage 

Ce jour-là la lumière ajuste ses malices

au ciel équarri rempaillé remue-ménage

d’impondérables inachevés nuages

bouquets de tarlatane et de papier crépon

  

la pluie   auberge   échauffourée  rêverie

très lointaine et donc détresse

repasse à la va-vite

 

la luzerne est froide

les pampres verts                                                                                                                                                                                            

la beauté toute la beauté

                                       crie

 

dans son nid tissé d’azur

l’enfant la mer aux poches s’émerveille

poursuit ses romances

 

                      « Dis veilleur

                       Où en est la nuit ?

                       Où la tempête

                       et la douleur ?

                       Où la vie ? »

                                                    10 avril 2023

 

Henri Droguet, Petits arrangements avec les mots,

Gallimard, 2025, p. 92.

                

14/03/2025

Henri Droguet, Petits arrangements avec les mots

henri droguet, petits rangements avec les mots, chimère

               Chimère

 

Quelque part vers d’instables confins

dans l’énormité taciturne

l’aridité minérale des collines chauves

et le ciel à la fin lavé

qui ne fait plus son âge

un nuage petit miroir à cendres

                        miroir à nuit

inconsistant furtif galvanisé

toujours presque le même

tout simplement s’exténue

l’air s’allège

 

un monstre inexistant mugit partout

parmi d’autres murmures

et la forêt à quelques pas grondante

n’est plus qu’un songe arraché au silence

le voyant pesé jeté

soufflé    l’enfant provisoire

qui passait ici    passait

                  là

toujours à pas d’heure

ne marche plus

                                             26 novembre 2023

 

Henri Droguet, Petits arrangements avec les mots,

Gallimard, 2025, p. 70.

13/03/2025

Henri Droguet, Petits arrangements avec les mots

 

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     Intempestif

 

Insaisissable incolore le vent

longuement passe déborde

aux écheveaux plus noirs

que le noir    édredons aveugles    guenilles

 

une menue rivière va s’écoule

dans une lisière

et l’épais temps simplement perdu

 

l’enfant l’autre sans trace ni visage

étranger rebelle qui rêvasse encore

dans l’accès partagé

sous le grand ciel berceau caréné

il déchiffre et défriche

caresse son épave

 

son compte est rond

son compte est bon

                                                   20 septembre 2023

 

Henri Droguet, Petits arrangement avec les mots,

Gallimard, 2025, p. 62.

12/03/2025

Henri Droguet, Petits arrangements avec les mots

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      Contremarche

Gisement buissonnier fouillis feuilleté

les nuages les impalpables courent

ke vent se produit    il se précipite

dévore le mitoufle et la pontaine

c’est droit devant le noir à pluie passée

 

cœur à nus le figurant contrefait

ébloui s’engouffre bricole

et salue la beauté     toute la beauté

un ange passe.    On écoute

les eaux dans la nuit légères et fuyantes

l’automne sonore et le déferlement rentamé

de la mer bossue plus ou moins qui s’affuble

la route sera longue et rouge

                                                         7 mars 2022

 

Henri Droguet, Petits arrangements avec les mots,

Gallimard, 2025, p. 47.

                  

 

20/02/2014

Henri Droguet, Variations saisonnières, dans PO&SIE

Henri Droguet, Variations saisonnières, dans PO&SIE, soir, papillon, vent, ombre

               À perte

 

C'est un soir et le temps

qui court   Dame souris

trotte et chicote

à la maison du nouveau mort

étendu dans la chambre

plus ou moins noire où sphinx

(tête idoine) et bombyx

cernent la lampe et demain

seront miettes et poudres

 

déjà l'enfant perdu

court au jardin sauvage

ça sent le frai la laine et l'argile

 

le vent revient de loin

un ange passe

                                     13 août 2007

  

             Voyures

 

Quoi s'éloignait là ? disais-tu

le vent fouettard à son branle

qui tombait dans l'éparse grâce de la mer

le soleil entre l'ombre et l'ombre

tout feu tout flamme déboulé

dans un panier de nuages

la neige à venir et l'herbe à Robert

un improbable accès aux replis des collines

les menues semences

l'eau douce à la saulaie

les grandes nuits lointaines

C'est ça le vrai jour et l'aboi neuf

ça râpe et ça rit

ça rabote

                                       2 mai 2008

 

Henri Droguet, Variations saisonnières, dans PO&SIE

n°136, 2ème trimestre 2011, p. 41 et 48.