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12/06/2017

Christian Prigent, Chino aime le sport

           

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         Zakopane et ses environs

                           (balade)

 

Ex cyclococo ex-maofooteux ex-pop’poète ex-

Épique opaque avant-gardiste ex-occupé par le sexe

 

Ex-(sous peu) tout dans ton âge sage ( ?) à peu de tifs plus d’os

Rhumatismeux vazy roule ce qui te reste de bosse

 

En touriste d’Europe aux anciens parapets politiques

Chu avec chouïa routard de « lutte/réforme/critique !) »

 

Et de Prague à neuf recolorée rococo carapate

En Mitteleuropa jusqu’aux queues de Tatras des Carpates

 

Brno >Slavkov (Austerlitz, sans soleil) > Ostrava (Moravie)

Vers l’éventrée si saccagée par l’industrie Silésie

 

[…]

 

Christian Prigent, Chino aime le sport, P. O. L, 2017, p. 133.

26/02/2013

Vera Pavlova, Immortalité, dans "Europe"

 

       

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 Immortalité

 

Éternise-moi juste un peu :

Prends de la neige et sculpte-moi

Puis de tes mains chaudes et nues

Frotte-moi jusqu'à ce que je brille...

 

                       *

 

Immortelle : ni vivante ni morte.

L'immortalité est un désastre.

Embrassons-nous. Tes bras sont

Les manches d'une camisole de force.

Embrassons-nous. Tes bras sont

Des bouées de sauvetage.

Telle est la damnation des poètes lyriques :

Une caresse est toujours de première main

Un mot — rarement.

 

                         *

 

Qui passera avec moi l'hiver de mon immortalité ?

Qui décongèlera avec moi ?

Quoi qu'il advienne, je n'échangerai pas

L'amour terrestre pour l'amour souterrain.

J'ai encore le temps de devenir fleur, argile,

Mémoire aux yeux blancs...

Et tant que nous sommes mortels, mon aimé,

Rien ne te sera refusé.

 

                            *

 

Les plus beaux vers sont ceux que j'écris

sur des surfaces tendres

avec la pointe souple de la langue : calligraphie

sur ta bouche, ton tronc, ton ventre...

Ô mon aimé, sagement, j'ai tracé mes lettres.

Veux-tu voir s'effacer entre mes lèvres

ton point d'exclamation ?

 

                               *

 

Nous sommes riches — nous n'avons rien à perdre.

Nous sommes vieux — rien ne nous presse d'aller nulle part.

Il nous faut battre les coussins du passé,

Remuer les braises de l'avenir,

Dire ce qui importe le plus

Tandis que décline le jour indolent

Et porter en terre nos immortels :

À moi de t'inhumer,

À toi ensuite de m'ensevelir.

 

Vera Pavlova, traduit du russe par Jean-Baptiste Para,

dans Europe, "Abécédaire", n° 1000-1001, août-septembre

2012, p. 109-110.

04/04/2012

Amelia Rosselli (1930-1996),"Une brève anthologie", dans Europe, avril 2012

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                Dialogue avec les poètes

 

De poète à poète : dans un langage stérile, qui

s'approprie la bénédiction et en fait un petit

jeu ou geste, ralentissant le pas sur le fleuve

pour laisser dire toute honnêteté. De poète en poète :

semblables à de gros oiseaux, qui ravissent le vent

qui les porte et contribue à améliorer la

faim. Petit à petit un futile motif qui

les réjouit, eux qui se voient croître en estime, les lettrés

aux chemises ouvertes qui bronzent, au soleil

de toutes les tranquillités ; un petit geste malheureux

les reconduit dans l'au-delà avec la mort qui semble

descendre et les enserrer.

 

Ironique facticité, ou y a-t-il une vérité ? dont je

puisse dire qu'elle est aussi la tienne ?

 

Mais dans le fleuve des possibles se levait aussi

un petit astre nocturne : ma vanité, d'être parmi

les premiers un géant de la passion, un Christo-emblême

des renoncements. Annonçant chasteté, problèmes

des bouches viriles, j'ai su que tu t'étais tué

d'un coup sec à la nuque : empire sur soi si

dans la nuit tonne l'ouragan. Ouragan particule

de si vaste emprise qu'il fait ruisseler ton front même

de pudeurs inexistentielles.

 

Et au coup d'horloge je te revis, mort sur le carrelage, brandir

des non-sens, repasser ta chemise aux quatre coins

et à la terre crachant des coups de pied conformistes.

 

 

                    *

 

Changer la prose du monde,

son horloge intacte,

et nous qui encadrons les manèges

épuisants de baisers.

 

Tu as inventé de nouveau la lune,

c'est une pauvre île

elle t'appelle avec une contingence désespérée

abâtardie par les longs dîners.

 


Amelia Rosselli, Une brève anthologie, traduction de l'italien de Marie Fabre, dans Europe, avril 2012, n° 1996, p. 214-215 et 220