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05/01/2018

Jacques Dupin, L'embrasure

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   Assumer la détresse de cette nuit pour qu’elle chemine vers son terme et son retournement. Littéralement précipiter le monde dans l’abîme où déjà il se trouve. En chacun se poursuit le combat d’un faux jour qui se succède avec la vraie nuit qui se fortifie. De fausse aurore en fausse aurore, et de leur successif démantèlement par la reconnaissance de leur illusoire clarté, s’approfondit la nuit, et s’ouvre la tranchée de notre chemin dans la nuit. Ce nul embrasement du ciel, reconnaissons sa nécessité comme celle de feux de balise pour évaluer le chemin parcouru et mesurer les chances de la traversée. En effet tous les mots nous abusent. . Mais il arrive que la chaine discontinue de ce qu’ils projettent et ce qu’ils retiennent, laisse surgir le corps ruisselant et le visage éclairé d’une réalité tout autre que celle qu’on avait poursuivie et piégée dans la nuit.

 

Jacques Dupin, L’embrasure, Gallimard, 1969, p. 95.

17/10/2015

Werner Lambersy, Dernières nouvelles d'Ulysse

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Sur un aveugle mur blanc

 

Ici commence le chant

Et le mystère

Du chant

 

Ensemencé de paroles

Comme les bords

D’un fossé

Par les vents de partout

 

L’âme dans le lointain

Des plages où il

               Pleure sur

La couture de l’horizon

 

       L’aurore roulant

À l’approche du soleil

Son tabac blond

 

Ici s’écrit

Un poème de pur néant

 

C’était avant

        Que l’avant puisse

Avoir un après

 

C’est-à-dire nulle part

L’immobile durée

            Le temps imbécile

Sans désir

 

[...]

 

Werner Lambersy, Dernières nouvelles d’Ulysse,

Rougier V, 2015, p. 29.

25/09/2014

Gilbert Lely, La Femme infidèle,

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           Écrit à Sainte-Radegonde

 

Le petit jour d’hiver, tremblant sous ses étoles,

Des tours de Saint-Gratien grisaillait les coupoles.

Amour ! tu m’éveillas dans notre lit bien clos.

Le fleuve Loire en bas roulait ses larges eaux.

Étendu sur le flanc contre Irène-Sylvie,

J’entrai, d’un lent désir, en sa grâce endormie.

Les vitres blêmissaient ; le fils de l’hôtelier,

Une chandelle au poing, descendait l’escalier ;

Et le grand coq lançait, en hérissant sa crête,

Un cri rauque et de pourpre à l’aurore muette.

 

               Gilbert Lely, La Femme infidèle, dans Œuvres poétiques,

                éditions de la Différence, 1977, p. 111.