09/09/2026
Jacques Roubaud, Dix hommages

Rue Raymond Queneau
On a convoqué les mots
Dans la rue Raymond Queneau
Mots de bruit, mots de silence
Des mots de toute la France
Ils envahissennt les rues
De Paris ses avenues
Les verbes ouvrent la marche
De la langue patriarches
Ensuite les substantifs
Aidés de leurs adjectifs
Les pronoms, les reletifs,
Et les autres supplétifs…
Ah ! voici les mots d’amour
Ils accourent des faubourgs
Les rimes font ribambelle
Dans la rue de la Chapelle
D’autres viennent à dada
Par la rue Tristan Tzara
Certains traînent qui sont lents
Encor Place Mac Orlan
Un s’écrie « attendez-moi ! »
Attardé rue Max Dormoy
Enfin les voilà en masse
Ils s’alignent dans l’espace
Ils composent sans problème
Cent Mille Milliards de Pouèmes
Jacques Roubaud, Dix hommages,
Ink, np, 2011.
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27/09/2015
Jacques Roubaud, Dix hommages / Octogone

In memoriam Edoardo Sanguineti
sopra il secondo versodi un sonetto rovesciato
Ed. S., in Renga, 1971.
Quelques jours avant la mort nous évoquions
Par lettre écrite, à l’ancienne, ces moments
<Antiques (quarante ans !) dans la fosse aux lions
De l’Hôtel Saint-Simon, quadri-dialoguant-
Sourds, ce renga occidental : lui, moi, pions
Agités plus qu’erratiques insolents
Dans le jeu par Octavio conçu : sonetto,
Sonnet, la chose italienne où Shakespeare
A passé ; Góngora, Marino, les pires
Poètes, et meilleurs ; Mallarmé, Giacomo
« Caro padre » notre, peu profond ruisseau
Calomnié la mort. La forme où l’écrire
Fut notre lien en toutes ces années. Dire
Cela soit ma poussière sur ce tombeau.
Jacques Roubaud, Dix hommages, Ink, 2011, np,
repris dans Octogone, Gallimard, 2014, p. 55.
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26/10/2011
Jacques Roubaud, Dix hommages

Aux fleurs d’Obermann
Hommage à Jude Stéfan
I
ciel chaotique lacéré cendreux sous
sous les mots chien désœuvrés d’un memento mori
galons, laure blanc pied, bas filés,
trouble-moi, parque : que le temps est un rat,
semblables les vaches dans les années ronsard
et les tourterelles dans les cyprès … jadis jadis
II
heureux, calme ciel, je ne saurais l’être
de 80 poèmes, autant de cyprès
années dédicaces à une lectrice d’arbres
parque, une fille qui pouffe
geste lent des bras de laure dans rousseur
III
pour toi, laure, je m’envole de l’ex-poème
une pierre à mon dos attachée de ciel
la maison et ses vitres lentement tourne sous le cyprès
j’attends la mort des années comme à la selle
IV
in secula avec l’humilité d’un liseron
laure
porte moi comme un cyprès
V
des années, laure, laures
vanités, limon, et de plus en plus loin
VI
vanités, limon, plus loin
Jacques Roubaud, Dix hommages, Lnk, 22, 2011, np.
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