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28/03/2014

Pierre de Marbeuf (1596-1645), Le miracle d'amour

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                     L'innocence d'amour

 

   Tu me dis que l'amour est toujours en enfance,

Qu'il se plaît, comme enfant, à mille petits jeux,

Et s'il blesse quelqu'un se jouant de ses feux,

Que le mal qu'il lui fait vient de son ignorance.

 

   Qu'aveugle est cet archer qui n'a pas connaissance

Où frapperont ses traits qui sont si dangereux :

Et si pour son sujet quelqu'un est malheureux,

Tu m'assures que c'est une pure innocence.

 

   S'il est vrai que l'amour ne t'est pas inconnu,

Qu'il est un imbécile, et qu'il va toujours nu,

Innocent, dépouillé de malice et de ruse

 

   N'ai-je point de raison, quand le mal que je sens

Me fait dire, qu'Hérode aurait eu quelque excuse,

S'il eut tué l'amour avec les Innocents.

 

Pierre de Marbeuf (1596-1645), Le miracle d'amour, préface de Jean Tortel, Obsidiane, 1983, p. 137.

06/08/2013

André Frénaud, Hæres, poèmes 1968-1981

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              Rumination du paysan

 

Je veux grossir pour défendre ma vie.

Contre la mort il faut prendre du poids,

il me faut boire des six litres   

                                               et pisser,

pour ma santé,

pour honorer ma santé et ma vie.

 

Il me faut vivre pour accroître mon bien,

peser les bêtes, arroser les clôtures,

renforcer les semences, affûter les outils,

bourrer le temps.

 

Mais le dimanche, on peut fanfaronner

avec l'alouette et la violette.

                                                                        1959

  

               Marmonnement du petit vieux

 

Cache-toi

Couve tes maladies.

Le soleil ne te veut pas de bien.

Descends dans la cave.

On pourrait te les prendre.

Profites-en tout seul...

Tu risquerais d'y voir clair.

 

N'aie pas peur... Un jour

Tout ça finira bien par éclater.

 

 

              Bouche innocente

 

Au bon petit cheval, ainsi se glorifiait

la boucherie hippophagique... Et aussi bien,

ne pouvait-il manquer d'être satisfait, l'innocent,

d'être mort et mangé, et dans le poids d'un homme.

 

                                                            Rue Vieille-du-Temple

 

 

André Frénaud, Hæres poèmes 1968-1981, Gallimard, 1982, p. 105, 106, 111.