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11/10/2026

Marianne Moore, Licornes et sabliers

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                        Un visage

 

« Je ne suis pas cauteleux, haineux, envieux, superstitieux,

dédaigneux, venimeux ou absolument hideux » :

   étudiant encore et encore son expression,

   le désespoir exacerbé,

     bien que dans nulle impasse réelle,

     briserait volontiers le miroir ;

 

quand l’amour de l’ordre, l’ardeur, la simplicité sans détour

 avec une expression interrogatrice, sont tout ce dont on a

   besoin pour exister !

   Certains visages, quelques-uns, un ou deux — ou un visage    photographié de tête —

     pour mon esprit, pour ma vue,

     doivent rester un grand plaisir.

 

Marianne Moore, Licornes et sabliers, traduction (anglais des États-Unis) Thierry Gillybœuf, éditions Corti, 2026, p. 159.

10/10/2026

Marianne Moore, Licornes et sabliers

marianne moore, licornes et sabliers, comprendre

Il

y a quelqu’un que je puis supporter —

   « un maître de l’indignation…

pour un soldat, s’entend,

converti aux lettres », qui pouvait

 

jeter

un homme par la fenêtre,

   et pourtant se montrer tendre avec les plantes, s’écrier :

« Bon dieu,

les violettes » (plus bas)

   « Doué en

style

et en nuance » — examinant entretemps

    l’infinité et l’éternité,

il ne pouvait que dire « Je

parlerai d’elles quand je les comprendrai ».

 

Marianne Moore, Licornes et sabliers, traduction anglais États-Unis Thierry Gillybœuf, éditions Corti, 2026, p. 235.

08/10/2026

Marianne Moore, Licornes et sabliers

marianne moore, licornes et sabliers, escargot

                   À un escargot

 

Si "la concision est la première grâce du style", 

alors tu la possèdes bien. La contractilité est une vertu

tout comme la modestie.

Ce n’est pas l’acquisition de tout ce

qui peut embellir,

ni la qualité fortuite qui arrive

comme un corollaire de quelque chose de bien dit,

dont nous apprécions le style,

mais le principe qui y est caché :

dans l’absence de pied, "une méthode de conclusion" ;

"une connaissance des principes",

dans le phénomène curieux de ta corne occipitale.

 

Marianne Moore, Licornes et sabliers, édition et traduction

(anglais États-Unis) Thierry Gillybœuf, éditions Corti, 2026, p. 99.

07/10/2026

Marianne Moore, Licornes et sabliers

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À un oiseau de grande valeur

 

Tu me conviens bien, car tu peux me faire rire,

la paille ne t’aveugle pas

     que le vent fait tournoyer en soufflant dans la meule.

 

Tu sais penser et ce que tu penses tu le dis

avec la fierté et la froide irrévocabilité

     de Samson, et nul n’ose t’ordonner de te taire.

 

L’orgueil te va bien, oiseau fier et imposant.

Aucune basse-cour ne te donne l’air absurde ;

     tes serres d’airain demeurent fermes face à la défaite.

 

Marianne Moore, Licornes et sabliers, édition et traduction

(anglais États-Unis) Thierry Gillybœuf, éditions Corti, 2026, p. 39.

27/05/2016

Marianne Moore, Le poisson

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Le poisson

 

Pénible avance

à travers le jade noir.

 

                  Des coquilles de moules bleu-corneille, il continue

                  d’arranger les amas de cendre ;

                           s’ouvrant se fermant tel

 

un

éventail blessé.

                  Les bernacles incrustés au flanc

                  de la vague, qui ne peuvent se dissimuler

                           des rayons émergés du

 

soleil,

se fractionnent comme du verre

                  filé, avec célérité se réfugient

                  au sein des crevasses —

                           illuminent

 

les

corps

                  de la mer turquoise. L’eau pousse un coin

                  de fer jusqu’au bord ferré

                           de la falaise ; 

[...]

 

Marianne Moore, dans Olivier Apert, Women, une anthologie

de la poésie féminine amricaine au xxe siècle, traduction et

présentation de O. A., Le Temps des cerises, 2014, p. 281.

20/09/2015

Rose Ausländer, Pays maternel

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Marianne Moore

 

Dessiné

À la plume d’oiseau

Son visage

 

Chaque trait

Un modèle mathématique

Tiré

Par un regard incorruptible

 

Froid échantillon poétique

Et pourtant

Chaque figure réchauffée

Du sang de son idée

 

Rose Ausländer, Pays Maternel, traduction

Edmond Verroul, Héros-Limite, 2015,

p. 36.