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09/03/2017

Michel Leiris, Le ruban au cou d'Olympia

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   Qu’est-ce que, pratiquement, je poursuis ?

— La combinaison de mots, phrases, séquences, etc., que je suis seul à pouvoir bricoler et qui — dans ma vie pareille, comme toute autre, à une île où les conditions d’existence ne cessent d’empirer — serait mon vade mecum de naufrage, me tenant lieu de tout ce qui permet à Robinson de subsister : caisse d’outils, Bible, voire Vendredi (si je dois finir dans une solitude à laquelle je n’aurai pas le cœur d’apporter le catégorique remède).

— Ou plutôt ce qui me fascine, c’est moins le résultat, et le secours qu’en principe j’en attends, que ce bricolage même dont le but affiché n’est tout compte fait qu’un prétexte. Au point exact où les choses en sont au-dedans comme au-dehors de moi, quoi d’autre que ce hobby pourrait m’empêcher de devenir un Robinson qui, travaux nourriciers expédiés, ne ferait plus que se laisser glisser vers le sommeil, sans même regarder la mer ?

 

Michel Leiris, Le ruban au cou d’Olympia, Gallimard, 1981, p. 195.

20/09/2016

Miche Leiris, Le ruban au cou d'Olympia

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À main droite,

ma manie de manipuler,

démantibuler,

désaxer et malaxer les mots,

pour moi mamelles immémoriales,

que je tète en ahanant.

 

Murmure barbare en ma Babel,

tu me tiens saoul sous ta tutelle

et, bavard balourd, je balbutie.

 

À main gauche,

mes machins,

mes zinzins,

mes zizanies,

les soucis (chichis et chinoiseries) qui me cherchent noise,

mes singeries, momeries et moraleries.

 

Ô gagachis qu’agacé j’ai sagacement jaugé et tout de go gommé,

jugeant superfétatoirement enquiquinant son chuchotis.

 

Au milieu,

le mal mou qui me moud,

me mord,

me lime,

m’annule,

m’humilie

et que, miel amer, je mettrais méli mélo à mille lieues mijoter,

mariner,

macérer.

 

M’a-t-il dit que ce monde dément demande un démenti,

le démon qu’enmantèle, emmêle et me démantèle ?

 

Michel Leiris, Le ruban au cou d’Olympia, Gallimard, 1981, p. 176-177.