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26/11/2021

Fabienne Raphoz, Ce qui reste de nous

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sursis d’été à

l’heure d’hiver roux

trois rouges-gorges

jouent à la guéguerre

avant l’aurore

 

 

                                écrire toute une vie

                                     sans autre connaissance           

                                     que — la perte —

                                      des chants et des fleurs)

 

                  *

 

Puis la mousse se gorge quand le tilleul lâ

                  che tout

Toute la forêt détone entre les sabots

                  des bêtes

Une langue se tend du plexus à leurs yeux

                  mi-clos

 

Fabienne Raphoz, Ce qui reste de nous,

éditions Héros-Limite, 2021, p. 27-28.

                                                ©Photo Ianna Andréadis

 

06/04/2013

Umberto Saba, Oiseaux, dans Il Canzoniere

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Rouge-gorge

 

Même si je voulais te garder je ne puis.

 

Voici l'ami du merle, le rouge-gorge.

Il déteste autant ses pareils

qu'il semble heureux auprès de ce compagnon.

Toi, tu les crois amis inséparables

quand, surpris , à l'orée d'un bois, tu les surprends.

Mais d'un élan joyeux il s'envole, fuyant

le noir ami qui porte au bec une vivante proie.

Là-bas un rameau plie mais que ne peut briser,

juste un peu balancer son poids léger.

La belle saison, le ciel tout à lui l'enivrent,

et sa compagne dans le nid. Comme en un temps

le fils chéri que je nourrissais de moi-même,

il se sent avide, libre, cruel,

 

et chante alors à pleine gorge.

 

                       *

 

Oiseaux

 

Le peuple ailé

que j'adore — si nombreux par le monde —

aux coutumes si variées, ivre de vie,

s'éveille et chante.

 

Umberto Saba, Oiseaux (1948), traduit par Odette Kaan, dans

Il Canzoniere, L'Âge d'homme, 1988, p. 549, 551.