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10/02/2018

Pierre Mabille, C'est cadeau

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Tout ce qui est à moi mon abandon mon absence

mon activisme mon addiction mon admiration

mon adolescence mon adresse mon affection

mon ailleurs mon allure

mon ambiguïté mon ambition

mon âme mon amitié mon amoralité

mon angélisme mon angle d’attaque

mon animalité mon animosité

mon anti dictionnaire mon anti héroïsme

mon antipathie

mon appartenance

mon après

mon ardeur

Tout ce qui est à moi mon art contemporain

mon attente mon audience mon augmentation

mon autrefois mon avance

mon avant mon avenir

mon aventure mon bégaiement

mon blaze mon blues

mon bon caractère mon bon conseil

mon bordel mon bout du rouleau mon caprice

mon caractère pas facile

mon cauchemar

mon chagrin

mon charisme

mon code mon cosmos mon coach

mon courage mon courroux

mon creux mon cri

mon cv mon cynisme

mon défaut mon dégoût mon délire

(…)

mon vocabulaire mon voile

mon voyage tout ce qui est à moi

tout ce qui est à moi c’est

pour toi tout ce qui est

à moi et toi et moi est à toi

est à tu

et à toi est à toi

 

Pierre Mabille, c’est cadeau, éditions Unes,

2018, p. 27-28 et 31.

19/12/2017

Cécile A. Holdban, Battements, dans I rouge

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Battements

 

tu noues chaque matin brin par brin

veine par veine

ton corps au monde

mais derrière le rideau de nuit comme de hauts cyprès

tes mains demeurent suspendues hors du don

 

Cécile A. Holdban, Battements, dans I rouge, "L’invisible", revue en ligne, 2017, p. 35.

29/05/2016

Alberto Giacometti, Écrits

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   Enfant, j’avais plutôt l’envie d’illustrer des histoires. Et puis, assez vite, j’ai commencé à dessiner d’après nature, et j’avais l’impression que je dominais tellement mon affaire que je faisais exactement ce que je voulais. J’étais d’une prétention, à dix ans… Je m’admirais, j’avais l’impression de pouvoir tout faire, avec ce moyen formidable : le dessin ; que je pouvais dessiner n’importe quoi, que je voyais clair comme personne. Et j’avais commencé à faire de la sculpture vers 14 ans, un petit buste. Et là aussi cela marchait ! J’avais l’impression qu’entre ma vision et la possibilité de faire, il n’y avait aucune difficulté. Je dominai ma vision, c’était le paradis et cela a duré jusque vers 18-19 ans, où j’ai eu l’impression que je ne savais plus rien faire du tout ! Cela s’est dégradé peu à peu… La réalité me fuyait. Avant je croyais voit très clairement les choses, une espèce d’intimité avec le tout, avec l’univers.. Et puis tout d’un coup, il devient étranger. Vous êtes vous et il y a l’univers dehors, qui devient très exactement obscur… J’essayais de faire mon portrait d’après nature, et j’étais conscient que ce que je voyais, il était totalement impossible de le mettre sur une toile. Laligne — je me rappelle très bien — la ligne qui va de l’oreille au menton, j’ai compris que jamais je ne pourrais copier cela tel que je le vyais, que c’était du domaine pour moi de l’impossibilité absolue. S’acharner dessus, c’ »était absurde, c’en était fini à tout jamais de toute possibilité de copier, même très sommairement, ce que je voyais.

 

Alberto Giacometti, Écrits, Hermann, 1990, p. 261.