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27/06/2023

Georg Christoph Lichtenberg, Aphorismes

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Il n’y a pas sur le corps une seule poche qui retienne l’argent.

Comme tout est insipide sans toi ; le monde m’a tout l’air d’une pièce froide et vide et les choses les plus neuves sont comme si je les avais déjà vues trois fois.

Le singe le plus parfait ne peut pas dessiner un singe, seul l’homme le peut, mais il n’y a que l’homme également qui tienne cela pour un privilège.

Il a été répandu beaucoup de sang anonyme.

Une préface pourrait s’intituler chasse-mouche et une dédicace : bourse à quêter. 

Georg Christoph Lichtenberg, Aphorismes, traduction Marthe Robert, Denoël, 1985, p. 109, 114, 118, 121, 124.

14/06/2021

Bashô Seigneur ermite

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Regagnant la côte sur une feuille, le petit insecte où dort-il ?

 

Denuit sous la lune un ver secrètement creuse une châtaigne

 

Pareils aux herbes de pampas les épis de blé invitent-ils les coucous dans le vent ?

 

Que les couvertures superposées sont lourdes ! il doit neiger ce soir dans un lointain pays de montagne.

 

Poètes élus par les cris des singes, entendez-vous l’enfant abandonné dans le vent d’automne ?

 

Bashô Seigneur ermite, traduction Makoto Keemmoku et Dominique Chipot, La Table ronde, 2012, p. 79, 79, 85, 94, 99.

17/05/2020

Georg Christoph Lichtenberg, Aphorismes

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Horreur du monde d’avant.

Le singe le plus parfait ne peut pas dessiner un singe, seul l’homme le peut, mais il n’y a que l’homme également qui tienne cela pour un privilège.

Aujourd’hui, j’ai permis au soleil de se lever plus vite que moi. 

En Cochinchine, lorsque quelqu’un dit doji (j’ai faim), les gens courent comme s’il y avait le feu pour lui apporter à manger. Dans bien des régions d’Allemagne, un besogneux pourrait dire j’ai faim, cela lui serait à peu près aussi utile que s’il disait doji.

 De nos jours, trois saillies et un mensonge font un écrivain.

 

Georg Christoph Lichtenberg, Aphorismes, traduction Marthe Robert, Denoël, 1985, p. 117, 118, 119, 121, 125.

28/02/2012

Eugène Savitzkaya, Cénotaphe

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   Les singes se sont endormis. Leur troupeau sent la primevère, l'ortie mêlée aux paumes blanches ; l'épine taillée jusqu'au doigt, jusqu'au baiser ; l'épaule inerme ; l'aine édentée : feu accouplé au poignet sain, feu empilé sur le ventre de Marie, sur le vêtement décortiqué. Les singes dorment nez contre nez, anneaux enfilés jusqu'aux cœurs.

 

   La pluie tombe, et la mascarade des enfants tristes d'après-midi, de midi, court en serpenteau.

 

   Le trapèze scié, l'arme épilée ! La crécelle, le pommeau comme la terre vide, la tête bridée ; dorure !

 

   Les singes se sont endormis, ventres aux bouches. Je dételle les chèvres du tour de la baratte, les chevaux des pieds de table. Je suis un singe au cou gracieux à boire.

 

                                              *

 

   Masqué du réséda, je frappe à ta porte. Tu crois au sang, au bélier têtu du silence, et tu sors ta vacillante peur, ta jambe plus belle que toi.

 

   Tous les singes sont mes frères de lait. Et tu as peur du tambour de leurs têtes, de leurs mille têtes sœurs de la forêt, de la cabane d'outils où l'esclave tanne des peaux de paix, de joie.

 

Eugène Savitzkaya, Cénotaphe, poèmes inédits - 1973, Atelier de l'Agneau, 1998, p. 15, 23.