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18/03/2016

André Frénaud, Il n'y a pas de paradis

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           Sans amour

 

L’amour n’a pas peur de moi

Je lui donne ses régals,

de ma vie tout ce qu’il veut.

Je lui fais seule demande :

qu’il ait pitié, qu’il ne m’oublie.

 

André Frénaud, Il n’y a pas de paradis,

Poésie / Galliamrd, 1962, p. 171.

08/08/2013

André Frénaud, Il n'y a pas de paradis

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Note sur l'expérience poétique

 

   Le poème dépasse celui qui le forme, mais enfin il l'exprime ! En construisant cet objet-microcosme, l'auteur se construit et se découvre différent — et uni au monde par des liens différents — mais il se connaît encore tel qu'il est, avec ses ressources qui sont ses limites, sa profondeur légère.

   Ces petits monuments verbaux imprévus, la conscience qui les a portés c'est celle de tel homme unique avec son expérience et ses désirs, ses monstres et ses valeurs, tout ce qui dans la vie l'a marqué et ce qui demeure irréductible, avec ses goûts, son intelligence, ses traditions, ses partis-pris et ses mots, avec son courage et sa misère propre. De là que chaque créateur a ses thèmes et son style. Et, bien sûr, le poème se fait dans la durée changeante d'une vie. S'il opère toujours une transfiguration (jusque par la raillerie même), l'œuvre prend une tonalité différente selon la part de la sensibilité qui s'y trouve actualisée dans le dépassement. Ainsi la plus haute joie et le simple plaisir, l'émerveillement, la nostalgie, l'amertume ou le désespoir, la révolte et la rage, la bonté, tous les sentiments éprouvables peuvent-ils tour à tour y prédominer.

 

 

André Frénaud, Il n'y a pas de paradis, Poésie / Gallimard, 1967 [1962], p. 241-242.

04/08/2013

André Frénaud, Il n'y a pas de paradis

André Frénaud, Il n'y a pas de paradis, amour perdu, mélancolie, lyrisme

          Si l'amour fut

 

Mon amour, était-ce toi ou mon seul élan,

le nom que ma parole a donné à son désir.

As-tu existé, toi l'autre ? Était-il véritable,

sous de larges pommiers entre les pignons,

ce long corps étendu tant d'années ?

 

L'amour a-t-il été un vrai morceau du temps ?

N'ai-je pas imaginé une vacance dans l'opaque ?

Étais-tu venue, toi qui t'en es allée ?

Ai-je été ce feu qui s'avive, disparut ?

 

Tout est si loin. L'absence brûle encore la glace.

Les ramures de mémoire ont charbonné.

Je suis arrêté pour jusqu'à la fin ici,

avec un souvenir qui n'a plus de figure.

 

Si c'est un rêve qu'éternel amour,

qu'importe j'y tiens.

J'y suis tenu ou je m'y trouve abandonné.

Désert irrémédiable et la creuse fierté.

Quand tu reviendras avec un autre visage,

je ne te reconnais pas, je ne sais plus voir, tout n'est rien.

 

Hier fut. Il était mêlé de bleu et frémissait,

ordonnancé par un regard qui change.

Une chevelure brillait, violemment dénouée,

recomposée autour de moi, je le croyais.

Le temps remuait parmi l'herbe souterraine.

Éclairés de colère et de rire, les jours battaient.

Hier fut.

Avant que tout ne s'ébranlât un amour a duré,

verbe qui fut vivant, humain amour mortel.

 

Mon amour qui tremblait par la nuit incertaine.

Mon amour cautionné dans l'œil de la tempête

et qui s'est renversé.

 

André Frénaud, Il n'y a pas de paradis, Poésie / Gallimard,

 

1967, p. 174-175.