18/06/2026
Joseph Brodsky, Comme un flambeau dans les ténèbres

— Que dis-tu, oiselle, sur ta branche brune
pas rassurée d ‘être une cible ?
que le monde, bien sûr, est ton infortune
mais que la vie est possible ?
— Du tout. Quand les gosses jouent à la fronde,
j’assume, fût-ce à quitte ou double.
C’est quand tu t’interroges sur le cours du monde
Que j’ai comme un trouble.
J’entends et je crains qu’une cage méchante,
pas dorée, non, te tente, oiselle.
Chante plutôt sur ta branche. C’est dur quand on chante
à tire-d’aile.
Tu te goures, mon vieux, et sur toute la ligne.
C’est l’éternité, ma nature.
Et l’inhumanité en est le premier signe :
Où tu perds figure.j’habite
Joseph Brodsky, Comme un flambeau dans
ces ténèbres noires, Anthologie poétique 1961-1996,
édition André Markowicz, Poésie/Gallimard,
2026, p. 392.
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16/06/2026
Joseph Brodsky, Comme n flambeau dans ces ténèbres noires

Partie du discours
I
De nulle part, avec amour, martobre, le tant
honoré et non moins cher ma chérie, mais peu importe
qui, vu que les traits du visage, il est temps
de l’admettre, sont fluctuants, ces quatrains qui portent
un salut du fidèle, pas à vous - à qui donc ? -, de l’un
des cinq continents dont la matrice reste l’aventure ;
t’aimant plus que les anges et moi-même, me voici plus loin
de toi que ces deux autres genres de créatures ;
tard, dans la nuit, dans la vallée ronflante, tout en bas,
dans un bled engelé de congères jusqu’aux vitres,
me tortillant, la nuit, dans une paire de draps,
géographie réservée au milieu de ladite présente épître,
la tête sous l’oreiller je meugle « … mour… »
d’outre toutes les mers qui n’ont pour limite
et de tout le temps te cherchant jusqu’au jour
en miroir un peu dingue, je t’imite.
(traduction André Markowicz)
Joseph Brodsky, Comme un flambeau dans
ces ténèbres noires, Anthologie poétique 1961-1996,
édition André Markowicz, Poésie/Gallimard,
2026, p. 161.
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15/06/2026
Joseph Brodsky, Comme un flambeau dans les ténèbres

Partie du discours
XIII
Pas précisément la folie, mais l’été fatigue.
Chercher sa chemise dans l’armoire, jour de perte pure.
Vivement l’hiver peut-être, que son poids prodigue
Recouvre les villes, les gens — surtout la verdure.
Je vais m’étendre tout habillé dans le lit, je vais lire
à dieu sait quelle page à dieu sait quel livre,
tant que les restes d’années comme un chien qui se vire
de chez l’aveugle ne rentent dans les clous. Vivre libre
c’est ne plus penser à comment le tyran s’appelle,
c’est le vin de Chiraz plus mauvais que ta propre salive,
et bien que semblable à la corne de bélier, ta cervelle
tente encore de saler son iris, mais plus rien n’arrive.
[traduction André Markowicz]
Joseph Brodsky, Comme un flambeau dans
ces ténèbres noires, Anthologie poétique 1961-1996,
édition André Markowicz, Poésie/Gallimard,
2026, p. 169.
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14/06/2026
Joseph Bodsky, Comme un flambeau dans ces ténèbres noires

Décembre à Florence
I
Les portes inspirent l’air et soufflent la vapeur ; mais
toi tu ne reviendras pas ici où deux par deux
cheminent au-dessus de l’Arno sableux,
quadrupèdes d’un nouveau genre Les portes
luttent, sur la chaussée sortent des bêtes.
Quelque chose, c’est vrai rappellent la forêt
dans l’atmosphère de cette ville. C’est une belle ville
où, à l’âge qu’on sait, on cesse simplement de regarder
en remontant le col de sa veste.
Joseph Brodsky, Comme un flambeau dans
ces ténèbres noires, Anthologie poétique 1961-1996,
édition André Markowicz, Poésie/Gallimard,
2026, p. 185.
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13/06/2026
Joseph Brodsky, Comme un flambeau, dans ces ténèbres noires

En développant Platon
I
Je voudrais vivre. Fortuitement dans une ville, où la rivière surgirait de dessus le pont, comme de la manche la main, et s’en irait au golfe en écartant les doigts, comme Chopin, sans montrer à quiconque le poing.
Qu’il y ait un opéra, et qu’un ténor vétéran y chante
consciencieusement le soir l’air de Mario ;
que le Tyran dans sa loge l’applaudisse, tandis que moin au parterre,
je soufflerai, les dents serrées de haine : « Le veau ».
Dans cette ville
il y aurait un club de voile et un club de football,
L’absence de fumée aux cheminées de brique des usines proclamerait la venue du dimanche
et je serais chahuté dans le bus en froissant fort un rouble dans ma main
J’associerais ma voix au grand rugissement
là où le pied relie ce qu’entreprend la tête
De toutes les lois édictées par Hammourabi les principales sont corner et penalty.
Joseph Brodsky, Comme un flambeau dans
ces ténèbres noires, Anthologie poétique 1961-1996,
édition André Markowicz, Poésie/Gallimard,
2026, p. 193-194.
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