16/06/2026
Joseph Brodsky, Comme n flambeau dans ces ténèbres noires

Partie du discours
I
De nulle part, avec amour, martobre, le tant
honoré et non moins cher ma chérie, mais peu importe
qui, vu que les traits du visage, il est temps
de l’admettre, sont fluctuants, ces quatrains qui portent
un salut du fidèle, pas à vous - à qui donc ? -, de l’un
des cinq continents dont la matrice reste l’aventure ;
t’aimant plus que les anges et moi-même, me voici plus loin
de toi que ces deux autres genres de créatures ;
tard, dans la nuit, dans la vallée ronflante, tout en bas,
dans un bled engelé de congères jusqu’aux vitres,
me tortillant, la nuit, dans une paire de draps,
géographie réservée au milieu de ladite présente épître,
la tête sous l’oreiller je meugle « … mour… »
d’outre toutes les mers qui n’ont pour limite
et de tout le temps te cherchant jusqu’au jour
en miroir un peu dingue, je t’imite.
(traduction André Markowicz)
Joseph Brodsky, Comme un flambeau dans
ces ténèbres noires, Anthologie poétique 1961-1996,
édition André Markowicz, Poésie/Gallimard,
2026, p. 161.
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