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14/06/2026

Joseph Bodsky, Comme un flambeau dans ces ténèbres noires

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Décembre à Florence

 

                  I

Les portes inspirent l’air et soufflent la vapeur ; mais

toi tu ne reviendras pas ici où deux par deux

cheminent au-dessus de l’Arno sableux,

quadrupèdes d’un nouveau genre Les portes

luttent, sur la chaussée sortent des bêtes.

Quelque chose, c’est vrai rappellent la forêt

dans l’atmosphère de cette ville. C’est une belle ville

où, à l’âge qu’on sait, on cesse simplement de regarder

en remontant le col de sa veste.

 

Joseph Brodsky, Comme un flambeau dans

ces ténèbres noires, Anthologie poétique 1961-1996,

édition André Markowicz, Poésie/Gallimard,

2026, p. 185.

11/03/2016

Nicolas Zabolotsky (1902-1958), Le Loup toqué, traduction Jean-Baptiste Para

                 220px-Nikolay_Zabolotsky.jpg

       Près du tombeau de Dante

 

Florence fut pour moi une mère sans amour,

J’ai voulu reposer à Ravenne.

Ne parle pas, toi qui passes, de félonie,

Ce que la mort a scellé ne sera pas rompu ici.

 

Sur mon sépulcre blanc roucoule une colombe,

Oiseau délicieux de douceur,

Mais je ne rêve jamais qu’à ma cité.

À elle seule je garde fidélité.

 

Le luth brisé ne fera pas ce voyage,

Il a péri au pays natal. Mais pourquoi,

Toi ma tristesse, ô ma Toscane,

Embrasses-tu ma bouche orpheline ?

 

Soudain jaillie du soir la colombe

S’envole, comme saisie d’effroi,

Et l’ombre d’un avion hostile

Trace des cercles au-dessus de la ville.

 

Fais donc tinter tes cloches, carillonneur !

N’oublie pas que le monde est couvert d’écume

[et de sang !

J’ai souhaité reposer à Ravenne,

Mais Ravenne n’était pas le remède non plus.

 

Nikolaï Zabolotski, Le Loup toqué, traduit du russe

par Jean-Baptiste Para, La rumeur libre, 2016, p. 163.