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13/06/2026

Joseph Brodsky, Comme un flambeau, dans ces ténèbres noires

joseph brodsky, comme un flambeau, souhait

En développant Platon

 

               I

 

Je voudrais vivre. Fortuitement dans une ville, où la rivière surgirait de dessus le pont, comme de la manche la main, et s’en irait au golfe en écartant les doigts, comme Chopin, sans montrer à quiconque le poing.

 

Qu’il y ait un opéra, et qu’un ténor vétéran y chante

consciencieusement le soir l’air de Mario ;

         que le Tyran dans sa loge l’applaudisse, tandis que moin au parterre,

je soufflerai, les dents serrées de haine : « Le veau ».

 

Dans cette ville

il y aurait un club de voile et un club de football,

L’absence de fumée aux cheminées de brique des usines proclamerait la venue du dimanche

et je serais chahuté dans le bus en froissant fort un rouble dans  ma main

 

J’associerais ma voix au grand rugissement

là où le pied relie ce qu’entreprend la tête

 

De toutes les lois édictées par Hammourabi les principales sont corner et penalty.

 

Joseph Brodsky, Comme un flambeau dans

ces ténèbres noires, Anthologie poétique 1961-1996,

édition André Markowicz, Poésie/Gallimard,

2026, p. 193-194.

 

 

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