18/06/2026
Joseph Brodsky, Comme un flambeau dans les ténèbres

— Que dis-tu, oiselle, sur ta branche brune
pas rassurée d ‘être une cible ?
que le monde, bien sûr, est ton infortune
mais que la vie est possible ?
— Du tout. Quand les gosses jouent à la fronde,
j’assume, fût-ce à quitte ou double.
C’est quand tu t’interroges sur le cours du monde
Que j’ai comme un trouble.
J’entends et je crains qu’une cage méchante,
pas dorée, non, te tente, oiselle.
Chante plutôt sur ta branche. C’est dur quand on chante
à tire-d’aile.
Tu te goures, mon vieux, et sur toute la ligne.
C’est l’éternité, ma nature.
Et l’inhumanité en est le premier signe :
Où tu perds figure.j’habite
Joseph Brodsky, Comme un flambeau dans
ces ténèbres noires, Anthologie poétique 1961-1996,
édition André Markowicz, Poésie/Gallimard,
2026, p. 392.
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