15/06/2026
Joseph Brodsky, Comme un flambeau dans les ténèbres

Partie du discours
XIII
Pas précisément la folie, mais l’été fatigue.
Chercher sa chemise dans l’armoire, jour de perte pure.
Vivement l’hiver peut-être, que son poids prodigue
Recouvre les villes, les gens — surtout la verdure.
Je vais m’étendre tout habillé dans le lit, je vais lire
à dieu sait quelle page à dieu sait quel livre,
tant que les restes d’années comme un chien qui se vire
de chez l’aveugle ne rentent dans les clous. Vivre libre
c’est ne plus penser à comment le tyran s’appelle,
c’est le vin de Chiraz plus mauvais que ta propre salive,
et bien que semblable à la corne de bélier, ta cervelle
tente encore de saler son iris, mais plus rien n’arrive.
[traduction André Markowicz]
Joseph Brodsky, Comme un flambeau dans
ces ténèbres noires, Anthologie poétique 1961-1996,
édition André Markowicz, Poésie/Gallimard,
2026, p. 169.
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