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11/11/2014

Samuel Beckett, Mercier et Camier

                                             Samuel Beckett, Mercier et Camier, champ, haie, oiseau, mûre, chèvre

   Le champ s'étendait devant eux. Rien n'y poussait, rien d'utile aux hommes c'est-à-dire. On ne voyait pas très bien non plus en quoi ce champ pouvait intéresser les animaux. Les oiseaux devaient y trouver des lombrics. Il était de forme très irrégulière et entouré de haies malingres, composées de vieilles souches d'arbres et de fourrés de ronces. Il y avait peut-être quelques mûres sauvages en automne. Une herbe bleue et aigre disputait le sol aux chardons et aux orties. Ces dernières auraient pu servir de fourrage, à la rigueur. Au-delà des haies d'autres champs, d'aspect semblable, entourés d'autres haies, d'aspect non moins semblable. Comment passait-on d'un champ à l'autre ? À travers les haies peut-être. Un chèvre s'intéressait capricieusement aux ronces. Dressée sur ses pattes de derrières, celles de devant appuyées sur une souche, elle cherchait les épines les plus tendres. Elle s'en détournait avec pétulance, faisait quelques pas furieux et s'immobilisait. De temps en temps elle faisait un petit bond, droit en l'air. Puis elle se mettait de nouveau dans la haie. Ferait-elle ainsi le tour du champ ? Ou se lasserait-elle avant ?

 

Samuel Beckett, Mercier et Camier, éditions de Minuit, 1970, p. 87-88.

27/03/2013

William Carlos Williams, Un Jeune Martyr

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                  Le fermier

 

Le fermier absorbé dans ses pensées

marche à grands pas sous la pluie

au milieu de ses champs désolés, les

mains dans les poches,

la moisson déjà plantée

dans sa tête.

Un vent froid ridule l'eau

dans les herbes brunies.

De tous côtés

le monde s'en va roulant froidement :

vergers noirs

assombris par les nuages de mars _

laissant place à la pensée.

Par delà les taillis

hérissés près

de la voie ferrée lavée par la pluie

apparaît la silhouette artistique

du fermier — qui compose

— antagoniste

 

William Carlos Williams, Un Jeune Martyr, suivi de Adam

et Ève et la Cité, traduction de Thierry Gillybœuf, La Nerthe,

2009, p. 54.