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07/01/2016

Gustave Courbet : pourquoi refuser la Légion d'honneur

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au ministre des Beaux-Arts

   [...]

   Mes opinions de citoyen s’opposent à ce que j’accepte une distinction qui relève essentiellement de l’ordre monarchique. Cette décoration de la Légion d’honneur, que vous avez stipulée en mon absence et pour moi, mes principes la repoussent. En aucun temps, en aucun cas, pour aucune raison, je ne l’aurais acceptée. Bien moins le ferai-je aujourd’hui que les trahisons se multiplient de toutes parts, et que la conscience humaine s’attriste de tant de palinodies intéressées. L’honneur n’est ni dans un titre, ni dans un ruban : il est dans les actes et dans le mobile des actes. Le respect de soi-même et de ses idées en constitue la majeure part. Je m’honore en restant fidèle aux principes de toute ma vie : si je les désertais, je quitterais l’honneur pour en prendre le signe.

     Mon sentiment d’artiste ne s’oppose pas moins à ce que j’accepte une récompense qui m’est octroyée par la main de l’État. L’État est incompétent en matière d’art. Quand il entreprend de récompenser, il usurpe sur le droit public. Son intervention est toute démoralisante, funeste à l’artiste, qu’elle abuse sur sa propre valeur, funeste à l’art, qu’elle enferme dans des convenances officielles et qu’elle condamne à la plus stérile médiocrité. La sagesse pour lui est de s’abstenir. Le jour où il nous aura laissés libres, il aura rempli vis-à-vis de nous tous ses devoirs.

   Souffrez donc, Monsieur le Ministre, que je décline l’honneur que vous avez cru me faire. J’ai cinquante ans , et j’ai toujours vécu libre. Laissez-moi terminer mon existence libre ; quand je serai mort, il faudra qu’on dise de moi : « Celui-là n’a jamais appartenu à aucune école, à aucune église, à aucune institution, à aucune académie, surtout à aucun régime, si ce n’est le régime de la liberté ! »

 

Gustave Courbet, Lettre du 23 juin 1870 au Ministre des Beaux-Arts.

 

14/06/2015

Marlene Dumas, Art et protitution ; une Europe unie

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                     Art et prostitution

 

Si la Prostituée est une personne

qui a pour profession

de satisfaire de le désir de diverses personnes

pour des raisons de gain économique,

où un implication émotionnelle peut

ou non être présente —

 

Alors elle ne me semble pas très éloignée

de ma définition de l’artiste.

En général les artistes aiment faire semblant.

En général les artistes font semblant d’aimer

plus qu’ils ne peuvent porter.

Ils désirent le désir de tous

tout en ne désirant personne.

 

 

                      Une Europe unie

 

Je n’ai jamais pensé rester

Je suppose que c’est ce qu’elle disent toutes.

 

C’était ma première fois dans un peep-show

aussi quand la fille m’a regardée

je lui ai dit, « je ne fais que regarder », et elle m’a répondu

« C’est comme àa que j’ai commencé ici moi aussi ».

 

Marlene Dumas, traduit de l’anglais par Martin Richet, dans Koshkonong, n7, Printemps 2015, p. 18 et 20.