25/03/2013
Jean Ristat, N Y Meccano

Il y avait si longtemps d'amour qu'au matin
Un ange tombé dans la plume par surprise
La bouche encore nouée comme une rose
Ne m'avait tenu à l'ourlet d'un soupir
Ô il y avait si longtemps du tendre amour
Les doigts dépliés dans sa longue chevelure
comme un éventail de nacre au creux de l'épaule
Je me suis égaré dans un jardin chinois
Écoute mon cœur comme il bat pour la bataille
Et la fureur qui t'accable et la violence
De mes jambes dans le sable brûlant d'un drap
Ô beau fantôme par mégarde à la fenêtre
D'un rêve qui s'enfuit au hasard des rencontres
Et la seine berce un noyé qui me ressemble
Un couteau dans le dos pas besoin d'olifant
Sous l'oreiller pour la main le jour comme un gant
Retourné notre-dame agite ses grelots
Il y avait si long temps d'un grand vent de sel
Et d'épices sur mes lèvres pour un baiser
Et ce passant n'en sait rien à son miroir
Qui sourit poudré comme la lune d'hiver
[...]
Jean Ristat, N Y Meccano, Gallimard, 2001, p. 13-14.
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14/03/2013
Sébastien Smirou, C'est tout moi (Autoportraits, I)

La première fois que je vois un moi le premier miroir
je ne sais pas ni bien ni comment
que le rayons traversent l'espace
en douce du corps
jusqu'à son étendue à lui — car qui
les aurait propulsés ? — de miroir en question
jusqu'aux yeux en oblique
et qu'on me prendra si je peins
trop bien ce que je vois pour un gaucher.
*
Pour prendre la mesure au jugé du point de croix
en suspension je mets le doigt
comme sur un nœud du vide interposé — qui sait
si c'est le bon ? — qui chasse l'animal
jusqu'à buter toc-toc de l'ongle dans la confusion
pas de nœud qui tienne, bon
au troisième toc il est exactement trop tard
j'ai le compas dans l'œil qui pique
sur le premier venu du nez (encore toi ?)
Sébastien Smirou, C'est tout moi (Autoportraits, I), ink, 2009, np.
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15/12/2012
Adonis, Chronique des branches

Miroir du chemin, Chronique des branches
I
Non pas l'estuaire des miroirs,
non pas la rose des vents.
Toute chose est une aile
ascendante dans mon sang,
dans les champs,
nageant dans l'orbite des saisons.
J'ai fait de mon visage le frère de l'herbe
et mes pas se sont livrés à la nostalgie
des miroirs.
J'ai vu les éléments pleurer, ouvrir
entre nous la blessure fraternelle.
J'ai reconnu le signe attestant
que je suis prélude à l'annonciation,
plante de l'Orient au jardin de la prophétie.
Non pas l'estuaire des miroirs,
non pas la rose des vents.
Toute chose est chemin,
les frontières et leurs étendards,
la rencontre et son ascension,
la voix, ma voix dans mes paumes,
les oiseaux qui s'éloignent
et laissent leurs noms parmi les branches,
les branches et leur histoire.
Adonis, Chronique des branches, traduit de l'arabe
par Anne Wade Monkowski et présenté par
Jacques Lacarrière, édition bilingue, Orphée /
La Différence, 2012, p. 47 et 49.
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