Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

30/05/2018

Théophile de Viau, Après m’avoir fait tant mourir,

 

               théophile de viau,après m’avoir fait tant mourir,ode,absurde

                    Ode

 

Un Corbeau devant moi croasse,

Une ombre offusque mes regards,

Deux belettes et deux renards

Traversent l’endroit où je passe :

Les pieds faillent à mon cheval,

Mon laquais tombe du haut mal,

J’entends craqueter le tonnerre,

Un esprit se présente à moi,

J’ois Charon qui m’appelle à soi,

Je vois le centre de la terre.

 

Ce ruisseau remonte en sa source,

Un bœuf gravit sur un clocher,

Le sang coule de ce rocher,

Un aspic s’accouple d’une ourse,

Sur le haut d’une vieille tour

Un serpent déchire un vautour,

Le feu brûle dedans la glace,

Le Soleil est devenu noir,

Je vois la Lune qui va choir,

Cet arbre est sorti de sa place.

 

Théophile de Viau, Après m’avoir fait tant mourir, Œuvres choisies, édition présentée et établie par Jean-Pierre Chauveau, Poésie / Gallimard, 2002, p. 88 et 90.

 

03/01/2014

Théophile de Viau, Après m’avoir fait tant mourir

th.jpg

             Ode

 

Un Corbeau devant moi croasse,

Une ombre offusque mes regards,

Deux belettes et deux renards

Traversent l’endroit où je passe :

Les pieds faillent à mon cheval,

Mon laquais tombe du haut mal,

J’entends craqueter le tonnerre,

Un esprit se présente à moi,

J’ois Charon qui m’appelle à soi,

Je vois le centre de la terre.

 

Ce ruisseau remonte en sa source,

Un bœuf gravit sur un clocher,

Le sang coule de ce rocher,

Un aspic s’accouple d’une ourse,

Sur le haut d’une vieille tour

Un serpent déchire un vautour,

Le feu brûle dedans la glace,

Le Soleil est devenu noir,

Je vois la Lune qui va choir,

Cet arbre est sorti de sa place.

 imgres-5.jpeg

                                                           Le monde renversé 

 

                        Sonnet

  

L’autre jour inspiré d’une divine flamme,

J’entrai dedans un temple, où tout religieux

Examinant de près mes actes vicieux,

Un repentir profond fit soupirer mon âme.

 

Tandis qu’à mon secours tous les Dieux je réclame,

Je vois venir Phyllis : quand j’aperçus ses yeux

Je m’écriai tout haut :  ce sont ici mes Dieux,

Ce temple, et cet Autel appartient à ma Dame.

 

Le Dieux injuriés de ce crime d’amour

Conspirent par vengeance à me ravir le jour ;

Mais que sans plus tarder leur flamme me confonde.

 

Ô mort, quand tu voudras je suis prêt à partir ;

Car je suis assuré que je mourrai martyr,

Pour avoir adoré le plus bel œil du monde.

 

Théophile de Viau, Après m’avoir fait tant mourir, Œuvres choisies, édition présentée et établie par Jean-Pierre Chauveau, Poésie / Gallimard, 2002, p. 88 et 90.


12/01/2012

Théophile de Viau, Après m'avoir fait tant mourir

imgres.jpeg

 

                     Sonnet

 

Au moins ai-je songé que je vous ai baisée,

Et bien que tout l'amour ne s'en soit pas allé,

Ce feu qui dans mes sens a doucement coulé,

Rend en quelque façon ma flamme rapaisée.

 

Après ce doux effort mon âme reposée

Peut rire du plaisir qu'elle vous a volé,

Et de tant de refus à demi consolé,

Je trouve désormais ma guérison aisée.

 

Mes sens déjà remis commencent à dormir,

Le sommeil qui deux nuits m'avait laissé gémir

Enfin dedans mes yeux vous fait quitter la place.

 

Et quoiqu'il soit si froid au jugement de tous,

Il a rompu pour moi son naturel de glace,

Et s'est montré plus chaud et plus humain que vous.

 

 

 

                     Sonnet

 

Je songeais que Phyllis des enfers revenue,

Belle comme elle était à la clarté du jour,

voulait que son fantôme encore fît l'amour

Et que comme Ixion1 j'embrassasse une nue.

 

Son ombre dans mon lit glissa toute nue

Et me dit : cher Tircis, me voici de retour,

Je n'ai fait qu'embellir en ce triste séjour

Où depuis ton départ le sort m'a retenue.

 

Je viens pour rebaiser le plus beau des Amants,

Je viens pour remourir dans tes embrassements.

Alors quand cette idole eut abusé ma flamme,

 

Elle me dit : Adieu, je m'en vais chez les morts,

Comme tu t'es vanté d'avoir foutu mon corps,

Tu te pourras vanter d'avoir foutu mon âme.

 

Théophile de Viau, Après m'avoir fait tant mourir, Œuvres choisiesédition présentée et établie par Jean-Pierre Chauveau, Poésie /Gallimard, 2002, p. 118 et 95.



1  Ixion, qui avait osé aimer Junon, fut éprouvé par Jupiter avec une nuée qui avait l'apparence de la déesse ; convaincu, grâce à ce stratagème, de sa culpabilité, Jupiter le foudroyé. [note de Jean-Pierre Chauveau]

11/06/2011

Théophile de Viau, Après m'avoir fait tant mourir

imgres-3.jpeg

               Ode

 

Un Corbeau devant moi croasse,

Une ombre offusque mes regards,

Deux belettes et deux renards

Traversent l’endroit où je passe :

Les pieds faillent à mon cheval,

Mon laquais tombe du haut mal,

J’entends craqueter le tonnerre,

Un esprit se présente à moi,

J’ois Charon qui m’appelle à soi,

Je vois le centre de la terre.

 

Ce ruisseau remonte en sa source,

Un bœuf gravit sur un clocher,

Le sang coule de ce rocher,

Un aspic s’accouple d’une ourse,

Sur le haut d’une vieille tour

Un serpent déchire un vautour,

Le feu brûle dedans la glace,

Le Soleil est devenu noir,

Je vois la Lune qui va choir,

Cet arbre est sorti de sa place.

 

imgres-5.jpeg

                                                           Le monde renversé 

 

                        Sonnet

  

L’autre jour inspiré d’une divine flamme,

J’entrai dedans un temple, où tout religieux

Examinant de près mes actes vicieux,

Un repentir profond fit soupirer mon âme.

 

Tandis qu’à mon secours tous les Dieux je réclame,

Je vois venir Phyllis : quand j’aperçus ses yeux

Je m’écriai tout haut :  ce sont ici mes Dieux,

Ce temple, et cet Autel appartient à ma Dame.

 

Le Dieux injuriés de ce crime d’amour

Conspirent par vengeance à me ravir le jour ;

Mais que sans plus tarder leur flamme me confonde.

 

Ô mort, quand tu voudras je suis prêt à partir ;

Car je suis assuré que je mourrai martyr,

Pour avoir adoré le plus bel œil du monde.

 

Théophile de Viau, Après m’avoir fait tant mourir, Œuvres choisies, édition présentée et établie par Jean-Pierre Chauveau, Poésie / Gallimard, 2002, p. 88 et 90.