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22/06/2026

La Fontaine, Fables

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     Le vieux chat et la jeune souris

 

Une jeune souris de peu d’expérience

Crut fléchir un vieux Chat implorant sa clémence,

Et payant de raison le Raminagrobis :

         Laissez-moi vivre : une Souris

         De ma taille et de ma dépense

         Est-elle à charge en ce logis ?

         Affamerai-je, à votre avis

         L’Hôte et l’Hôtesse, et tout leur monde ?

         D’un grain de blé je me nourris

         Une noix me rend toute ronde.

À présent je suis maigre : attendez quelque temps

Réservez ce repas à Messieurs vos Enfants.

Ainsi parlait au Chat le Souris attrapée.

         L’autre lui dit : Tu t’es trompée

Est-ce à moi que l’on tient de semblables discours ?

Tu gagnerais autant de parler à des sourds.

Chat et vieux pardonner ? cela n’arrive guères.

         Selon ces lois descends là-bas,

         Meurs, et va-t’en tout de ce pas

         Haranguer les sœurs Filandières.

Mes enfants trouveront assez d’autres repas.

         Il tint parole ; et pour ma fable,

Voici le sens moral qui peut y convenir :

La jeunesse se flatte, et croit tout obtenir.

         La vieillesse est impitoyable.

 

La Fontaine, Fables, XII, 5, édition Jean-Pierre Collinet,

Pléiade/Gallimard, 2021, p. 771.

        

 

 

           

11/10/2020

Ossip Mandelstam, Tristia

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Ce chant de grillon de l’horloge

c’est le murmure de la fièvre,

le râle desséché du poêle

c’est rouge soie qui se consume.

 

Si ronge la dent des souris

la trame amincie de la vie,

c’est que l’aronde ou dans sa ronde

son enfant détache ma barque.

 

Ce qu’au toit la pluie balbutie,

c’est noire soie qui se consume,

mais le merisier n’entendra

jusqu’au fond des mers que : « pardonne ».

 

Parce qu’innocente est la mort

et de rien ne vient le secours

si dans ta fièvre-rossignol

le cœur a gardé sa chaleur.

 

                                                                                         1917

 

Ossip Mandelstam, Tristia, traduction Jean-Claude

Schneider, dans Œuvres poétiques, Le bruit du temps /

La Dogana, 2018, p. 177.