29/06/2026
La Fontaine, Fables

Le chien qui lâche sa proie pour l’ombre
Chacun se trompe ici-bas.
On voit courir après l’ombre
Tant de fous, qu’on n’en sait pas
La plupart du temps le nombre.
Au Chien dont parle Ésope il faut les renvoyer.
Ce Chien, voyant sa proie en l’eau représentée
La quitta pour l’image, et pensa se noyer ;
La rivière devint tout à coup agitée.
À toute peine il regagna les bords
Et n’eut ni l’ombre ni le corps.
La Fontaine, Fables, VI, 17, édition Jean-Paul Collinet,
Pléiade/Gallimard, 1991, p. 413.
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26/06/2026
La Fontaine, Fables

Les deux Taureaux et une Grenouille
Deux taureaux combattaient à qui possèderait
Une Génisse avec l’empire.
Une grenouille en soupirait.
Qu’avez-vous ? se mit à lui dire
Quelqu’un du peuple coassant.
Et ne voyez-vous pas, dit-elle,
Que la fin de cette querelle
Sera l’exil de l’un ; que l’autre le chassant
Le fera renoncer aux campagnes fleuries ?
Il ne règnera plus sur l’herbe des prairies,
Viendra dans nos marais régner sur les roseaux,
Et nous foulant aux pieds jusques au fond des eaux,
Tantôt l’une, et puis l’autre, il faudra qu’on pâtisse
Du combat qu’a causé Madame la Génisse.
Cette crainte était de bon sens ;
L’un des taureaux en leur demeure
S’alla cacher à leurs dépens.
Il en écrasait vingt par heure.
Hélas ! on voit que de tout temps
Les petits ont pâti des sottises des grands.
La Fontaine, Fables, II, 4, édition Jean-Pierre Collinet,
Pléiade/Gallimard, 1991, p. 121.
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22/06/2026
La Fontaine, Fables

Le vieux chat et la jeune souris
Une jeune souris de peu d’expérience
Crut fléchir un vieux Chat implorant sa clémence,
Et payant de raison le Raminagrobis :
Laissez-moi vivre : une Souris
De ma taille et de ma dépense
Est-elle à charge en ce logis ?
Affamerai-je, à votre avis
L’Hôte et l’Hôtesse, et tout leur monde ?
D’un grain de blé je me nourris
Une noix me rend toute ronde.
À présent je suis maigre : attendez quelque temps
Réservez ce repas à Messieurs vos Enfants.
Ainsi parlait au Chat le Souris attrapée.
L’autre lui dit : Tu t’es trompée
Est-ce à moi que l’on tient de semblables discours ?
Tu gagnerais autant de parler à des sourds.
Chat et vieux pardonner ? cela n’arrive guères.
Selon ces lois descends là-bas,
Meurs, et va-t’en tout de ce pas
Haranguer les sœurs Filandières.
Mes enfants trouveront assez d’autres repas.
Il tint parole ; et pour ma fable,
Voici le sens moral qui peut y convenir :
La jeunesse se flatte, et croit tout obtenir.
La vieillesse est impitoyable.
La Fontaine, Fables, XII, 5, édition Jean-Pierre Collinet,
Pléiade/Gallimard, 2021, p. 771.
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27/05/2022
Jean de La Fontaine, Fables, 8, XXIV

L’éducation
Landon et César, frères dans l’origine,
Venaient de chiens fameux, beaux, bien faits et hardis,
À deux maîtres divers échus au temps jadis,
Hantaient l’un les forêts, l’autre la cuisine.
Ils avaient eu d’abord chacun un autre nom ;
Mais la diverse nourriture
Fortifiant en l’un cette heureuse nature,
En l’autre l’altérant, un certain marmiton
Nomma celui-ci Laridon :
Son frère, ayant connu mainte haute aventure,
Mis maint Cerf aux abois, maint Sanglier abattu,
Fut le premier César que la gent chienne ait eu.
On eut soin d’empêcher qu’une indigne maîtresse
Ne fît en ses enfants dégénérer son sang :
Landon négligé témoignait sa tendresse
À l’objet le premier passant.
Il peupla tout de son engeance :
Tournebroches par lui rendus communs en France
Y font un corps à part, gens fuyants les hasards,
Peuple antipode des Césars.
On ne suit pas toujours ses aïeux ni son père :
Le peu de soin , le temps, tout fait qu’on dégénère :
Faute de cultiver la nature et ses dons,
Ô combien de Césars deviendront Laridons !
Jean de La Fontaine, Fables, 8, XXI, préface
Yves Le Pestipon, édition Jean-Pierre Collinet,
Pléiade/Gallimard, 2021, p. 177.
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18/06/2021
Jean de La Fontaine, Le vieux Chat et la jeune Souris
Le vieux Chat et la jeune Souris
Une jeune Souris de peu d’expérience
Crut fléchir un vieux Chat implorant sa clémence,
Et payant de raison le Raminogrobis :
Laissez-moi vivre : une Souris
De ma taille et de ma dépense
Est-elle à charge en ce logis ?
Affamerais-je, à votre avis,
L’Hôte et l’Hôtesse, et tout leur monde ?
D’un grain de blé je me nourris ;
Une noix me rend toute ronde.
À présent je suis maigre ; attendez quelque temps
Réservez ce repas à Messieurs vos Enfants.
Ainsi parlait au Chat la Souris attrapée.
L’autre lui dit ; Tu t’es trompée.
Est-ce à moi que l’on tient de semblables discours ?
Tu gagnerais autant de parler à des sourds.
Chat et vieux pardonner ? cela n’arrive guères.
Selon ces lois, descends là-bas,
Meurs, et va-t’en tout de ce pas
Haranguer les sœurs Filandières.
Mes Enfants trouveront assez d’autres repas.
Il tint parole ; et pour ma fable,
Voici le sens moral qui peut y convenir :
La jeunesse se flatte, et croit tout obtenir.
La vieillesse est impitoyable.
La Fontaine, Fables, 12, V, Pléiade/Gallimard, 2021, p. 771.
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