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11/01/2016

Danielle Collobert (1940-1978), Survie

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balancé au chaos sans armure

survivra ou non résistance aux coups la durée longue de

                                                                 [vie

je parti l’exploration du gouffre

tâtonnant contre jour

déjà menottes aux mains les stigmates aux poignets

aux pieds les fers les chaînes

la distance d’un pas l’unité de mesure

je raclant mon sol avec ça

traîne le bruit dans l’espace

en premier sur la bande son du prométhée

le vautour dans la gorge

à coups au sang rabattu sans fin vers le silence

au milieu du front le plat désert futur

derrière caché peut-être le corps à s’agglomérer

 

Danielle Collobert, Survie, Orange Export Ltd, 1978,

repris dans Change, n° 38, octobre 1979, repris dans

Œuvres, I, P.O.L, 2004.

 

 

 

 

 

21/09/2012

Danielle Collobert, Cahiers 1956-1978

collobert_MdA.jpeg

   Le calme revient par moments — le silence — et aussi conscience de tout ce qui n'est pas entièrement présent — longtemps pour apprivoiser les mots — départ — décision de partir — décollement de l'instant — et du lieu — pas d'éloignement immédiat —

   perception égale — plane —

   les mots — beaucoup de mots — sans raison apparente_

   des mots dissemblables — de gens — de consonances — très éloignés entre eux — produisent sur moi le même effet ou plutôt la même gêne ou malaise — des mots prononcés par certaines personnes détruisent en moi ce que je croyais très solide — ça m'effraie — j'arrive difficilement à dépasser le moment de cette gêne qui dure parfois des jours entiers — sans que d'autres impressions viennent s'y substituer — je dors sans que la sensation disparaisse au réveil — ça s'étend à des domaines inhabituels — par exemple l'autre jour ce désir énorme de manger jusqu'à la sensation de lourdeur — de boire jusqu'à l'inconscience — être un organe géant — monstrueux — engloutir ­ ce mot-là — la sensation de ce mot —

 

Danielle Collobert, Cahiers 1956-1978, Change, Sefhers/Laffont, 1983, p. 26.

23/06/2012

Danielle Collobert, Survie

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                                  Survie

 

je partant voix sans réponse articuler parfois les mots

que silence réponse à autre oreille jamais

si à muet le monde pas de bruit

fonce dans le bleu cosmos

plus question que voyage vertical

je partant glissure à l'horizon

tout pareil tout mortel à partir du je

à toutes jambes fuyant l'horizon

enfin n'entendre que musique dans les cris

assez assez

exit

entrer né sur débris à peine reconnu le terrain

émergé de vase salée le fœtus sorti d'égout

plexus solaire rongé angoisse diffusant poumons souffle haletant

 

_______________________________________

 

serré le cou par la corde réveil

tremblement réveil

brûlé consumé bonze

crève corps

hors des mains caresses

loin des lèvres bu

souvenir du corps

laissant aller présent l'instant survie

sans savoir sur quoi ouvrir l'énergie à l'imaginaire répondu

balbutiements à peine aux déchirures

les cris du bord des plaies non suffit

ploné noir dans le bain de sang

à travailler ses veines pour mots

je paroel s'ouvrir bouche ouverte dire je vis à qui

balancé au chaos sans armure

survivra ou non résistance aux coups la durée longue de vie

je parti l'exploration du gouffre

tâtonnant contre jour

déjà menottes aux mains les stigmates aux poignets

aux pieds les fers les chaînes

la distance d'un pas l'unité de mesure

je raclant mon sol avec ça

traîne le bruit dans l'espace

en premier sur la bande son du prométhée

le vautour dans la gorge

à coups de sang rabattu sans fin vers le silence

au milieu du front le plat désert futur

derrière caché peut-être le corps à s'agglomérer

 

______________________________________

[...]

 

Danielle Collobert, Survie, dans Emmanuel Hocquard, Raquel,

Orange Export Ltd, 1969-1986, Flammarion, 1986, p. 184-185.