Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

13/09/2018

Octavio Paz, Le singe grammairien

 

                                        Octavio Paz_1.jpg

  Les choses reposent sur elles-mêmes, prennent assise sur leur réalité, sont injustifiables. Ainsi s’offrent-elles aux yeux, au toucher, à l’ouïe, à l’odorat — non à la pensée. Ne pas penser : voir. Faire du langage une transparence. Je vois, j’entends les pas de la lumière dans la cour : peu à peu elle se retire du mur d’en face, se projette sur le mur de gauche et le recouvre tel un manteau translucide de vibrations presque imperceptibles  transsubstantiation des carreaux de brique, combustion de la pierre, instant d’incandescence de la matière avant qu’elle ne s’abîme en son aveuglement — en sa réalité. Je vois, j’entends, je touche la progressive pétrification du langage qui ne signifie déjà plus, qui dit seulement : table, poubelle, sans les dire vraiment, tandis que la table et la poubelle s’effacent dans la cour totalement obscure… La nuit me sauve.

 

Octavio Paz, Le singe grammairien, Les sentiers de la création, Skira, 1972, p. 116-117.

23/01/2017

Jean Tortel, Instants qualifiés

        Unknown.jpeg

L’opération durant laquelle

Les choses sont

Et ne sont pas ce qu’elles sont,

 

Le noir ne salit pas le blanc.

 

L’inclinaison grâce à laquelle

Elles respirent.

 

Noir et blanc, couleurs non couleurs,

Contradictoires.

 

Jean Tortel, Instants qualifiés, Gallimard,

1973, p. 76.