Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

16/02/2021

Italo Calvino, Les villes invisibles

 

 

 

 

 

 

               avt_italo-calvino_1793.jpeg

 

Les villes et le nom. 2.

Des dieux de deux sortes protègent la ville de Léandra. Les uns et les autres sont si petits qu’on ne les voit pas et si nombreux qu’on ne peut pas les compter. Les uns se tiennent près des portes des maisons, à l’intérieur, près du porte-manteau et du porte-parapluies ; dans les déménagements, ils suivent les familles et s’installent dans les nouveaux logis, à la remise des clefs. Les autres ont leur séjour dans la cuisine, ils se cachent de préférence sous les marmites, ou dans le manteau de la cheminée, ou dans le réduit aux balais ; ils font partie de la maison et quand la famille qui y habitait s’en va, eux-mêmes restent avec les nouveaux locataires ; peut-être étaient-ils déjà là quand la maison n’existait pas encore, dans la mauvaise herbe des terrains à bâtir, cachés dans un petit pot couvert de rouille ; si l’on rase la maison et qu’à sa place on construit un immeuble genre caserne pour cinquante familles, on les y retrouve multipliés, dans la cuisine d’autant d’appartements. Pour les distinguer, nous appellerons les uns Pénates, les autres Lares.

 

Italo Calvino, Les villes invisibles, traduction Jean Thibaudeau, Seuil, 1974, p. 95.

Écrire un commentaire