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16/10/2013

Marina Tsvétaïéva, Le ciel brûle, suivi de Tentative de jalousie,

Marina Tsvétaïéva, Le ciel brûle, suivi de Tentative  de jalousie, les yeux, miroir

                     Les yeux

 

Deux lueurs rouges — non, des miroirs !

Non, deux ennemis !

Deux cratères séraphins

Deux cercles noirs

 

Carbonisés — fumant dans les miroirs

Glacés, sur les trottoirs,

Dans les salles infinies —

Deux cercles polaires

 

Terrifiants !

Flammes et ténèbres !

Deux trous noirs.

C'est ainsi que les gamins insomniaques

Crient dans les hôpitaux : — Maman !

 

Peur et reproche, soupir et amen...

Le geste grandiose...

Sur les draps pétrifiés —

Deux gloires noires.

 

Alors sachez que les fleuves reviennent,

Que les pierres se souviennent !

Qu'encore encore ils se lèvent

Dans les rayons immenses —

 

Deux soleils, deux cratères,

­ Non, deux diamants !

Les miroirs du gouffre souterrain :

Deux yeux de mort.

 

                                               30 juin 1921

 

Marina Tsvétaïéva, Le ciel brûle, suivi de Tentative

de jalousie, préface de Zéno Bianu, Traductions de

Pierre Léon et d'Éve Malleret, Poésie / Gallimard,

 

1999, p. 86-87.

24/06/2013

Jean-Luc Parant, Les très-hauts

Jean-Luc Parant, Les très-hauts, les yeux, le soleil, les livres, lumière

   Il n'a fait que nuit, le soleil était très loin et très petit dans le ciel, sa lumière nous parvenait à peine, nos yeux n'étaient que des points sur notre visage comme le soleil n'était qu'un point dans le ciel. Quand le soleil s'est approché, nos yeux se sont agrandis ; nous nous sommes mis debout et nous avons eu des mains pour pouvoir maintenir le soleil entre nos doigts, et empêcher qu'il ne grossisse trop dans le ciel, et pour pouvoir toujours nous cacher derrière notre main pour qu'il n'éblouisse pas nos yeux et ne brûle pas notre corps.

   Notre corps n'a pas brûlé parce que nous avons écrit avec lui, nous avons écrit des livres avec notre main qui nous cachait le soleil, comme nos yeux n'ont pas été éblouis parce que nous avons lu avec eux et que nous avons lu des livres avec nos yeux qui nous montraient le soleil et nos mains qui écrivaient et nos yeux qui lisaient ont repoussé le feu, le feu est resté à sa place, immobile dans l'espace pour nous faire découvrir l'intouchable.

 

 

Jean-Luc Parant, Les très-hauts, Argol, 2013, p. 27-28.