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06/10/2026

Emily Brontë, Cahier de poèmes

charlotte brontë, cahier de poèmes, musique

                 À A.G.A.

 

De qui pinçait ta corde étrangère

Il semble que ce cœur n’ait plus souci

Alors d’où vient l’émoi que tu fais naître

Vieille guitare, en mon âme triste ?

 

C’est comme si une chaude lumière

Au fond d’un val s’attachait à loisir

Quand dans leurs nues l’orage et la nuit

Auraient voilé le globe père —

 

C’est comme si le ruisseau en son miroir

Gardait le reflet de ses beaux saules

Bien que sous la hache voici longtemps

Leurs cheveux lustrés aient mordu la poussière ;

 

De même, ô guitare, tes sons magiques

Ont tiré des larmes, éveillé des soupirs,

Ont fait resurgir le torrent ancien

Dont pourtant la source même est tarie !

 

Emily Brontë, Cahier de poèmes, traduction

Claire Malroux, éditions Corti, 2026 (1995), p. 103.

04/10/2026

Emily Brontë, Cahier de Poèmes

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Pour toi le désespoir n’a pas lieu d’être

Tant que la nuit les étoiles brûlent -

Tant que le soir répand sa rosée muette

Ou que le soleil dore le matin –

 

Le désespoir n’a pas lieu d’être - les larmes

Dussent-elles couler comme un fleuve –

Tes années les plus chères ne sont-elles pas

Pour toujours autour de ton cœur ?

 

On pleure – tu pleures – C’est la règle –

Les vents soupirent avec tes soupirs

Et l’hiver épanche son chagrin en neige

Où les feuilles d’automne gisent

 

Pourtant elles revivent – et de leur destin

Ton destin est inséparable

Alors, homme, avance sinon jubilant

Du moins jamais le cœur brisé –

 

Emily Brontë, Cahiers de poèmes, traduction

Claire Malroux, éditions Corti, 2026 (1995), p.50.

 

03/10/2026

Emily Brontë, Cahiers de poèmes

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Ô rêve, où es-tu à présent ?

De longues années ont passé

Depuis que sur ton visage d’ange

J’ai vu la lumière s’altérer -

 

Hélas, hélas pour moi,

Si radieuse était ta beauté,

Je ne savais pas que ton souvenir

Ne me livrerait que tourment !

 

Le rayon de soleil et l’orage,

La soirée d’été divine,

La nuit silencieuse au calme solennel

La clarté pure de la pleine lune

 

Jadis entrelacés à toi

Le sont aujourd’hui au lourd chagrin -

Vision perdue il me suffit -

Tu ne peux plus resplendir –

 

Emily Brontë, Cahier de poèmes, bilingue,

traduction Claire Malroux, éditions Corti,

2026 (1995), p. 45.

02/10/2026

Emily Brontë, Cahier de poèmes

emily brontë, cahier de  poèmes, églantier, houx

15

 

L’amour est comme l’églantier,

L’amitié comme le houx

Le houx est sombre quand l’églantier fleurit,

Mais lequel fleurit le plus constamment ?

 

L’églantier au printemps a du charme,

L’été ses fleurs embaument l’air

Mais attends que revienne l’hiver

Qui trouvera beau l’églantier ?

 

Lors dédaigne sa futile guirlande

Et pare-toi du luisant du houx

Ainsi, quand décembre flétrira ton front

Au moins il laissera verte ta couronne –

 

Emily Brontë, Cahier de poèmes, édition bilingue,

traduction Claire Malroux, éditions Corti,

2026 (1995), p. 49.

06/11/2025

Emily Brontë, Poèmes

Il devrait n’être point de désespoir pour toi

 

Il devrait n’être point de désespoir pour toi

Tant que brûlent la nuit les étoiles,

Tant que le soir répand sa rosée silencieuse,

Que le soleil dore le matin.

 

Il devrait n’être point de désespoir, même si les larmes

Ruissellent comme une rivière :

Les plus chère de tes années ne sont-elles pas

Autour de ton cœur à jamais ?

 

Ceux-ci pleures, tu pleures, il doit en être ainsi ;

Les vents soupirent comme tu soupires,

Et l’Hiver en flocons déverse son chagrin

Là où gisent les feuilles d’automne

 

Pourtant elles revivent, et de leur sort ton sort

Ne saurait être séparé :

Poursuis donc ton voyage, sinon ravi de joie,

Du moins jamais le cœur brisé.

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                                                         [Novembre 1839]

 

Emily Jane Brontë, Poèmes, traduction de Pierre Leyris,

Poésie / Gallimard, 1983, p. 87.

06/11/2022

Cioran, De l'inconvénient d'être né

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N’est profond, n’est véritable que ce que l’on cache. D’où le force des sentiments vils.

 

Ce n’est pas la peine de se tuer, puisqu’on se tue toujours trop tard.

 

Plus on est lésé par le temps, plus on veut y échapper. Écrire une page sans défaut, une phrase seulement, vous élève au-dessus du devenir et de ses corruptions. On transcende la mort par la recherche de l’indestructible à travers le verbe, à travers le symbole même de la caducité.

 

Je n’ai pas rencontré un esprit intéressant qui n’ait été largement pourvu en déficiences inavouables.

 

Emily Bronté. Tout ce qui émane d’elle a la propriété de me bouleverser. Haworth est mon lieu de pèlerinage.

 

Cioran, De l’inconvénient d’être né, Pléiade / Gallimard, 2011, p. 754, 756, 768, 758, 761, 762.

21/09/2015

Ted Hughes, Birthday Letters, traduction Sophie Doizelet

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                           Wuthering Heights

 

Walter était le guide. Le cousin de sa mère

Avait hérité de quelques assiettes à soupe des Brontë.

Il se sentait désolé pour elles. Les écrivains

Sont des gens pitoyables. Ils se cachent de la réalité,

La déguisent. Mais ton euphorie transatlantique

L’a rendu euphorique. Il est entré en effervescence

Comme son vin de rhubarbe gardé trop longtemps :

Une récolte de légendes et de racontars

Au sujet de ces pauvres filles. Puis,

Après le presbytère, après la chaise longue

Où était morte Emily, les minuscules livres faits main,

Les dentelles délicates, les chaussures pour petites fées,

Ce fut le chemin tracé depuis Stanbury. L’ascension,

Un mile toujours plus loin, plus haut, menant

À l’Éden privé d’Emily. C’était pour toi à présent

Que la lande se soulevait, déployait

Ses fleurs sombres. C’était bien.

Plus sauvage, peut-être, qu’Emily ne l’avait jamais vu.

Les pieds mouillés, la tête nue,

Elle montait péniblement cette colline pour rejoindre ses seuls amis —

On peut l’imaginer. Une forteresse obscure.

[...]

 

Ted Hughes, Birthday Letters, traduit de l’anglais et présenté par

Sophie Doizelet, Poésie / Gallimard, 2015, p. 83.