13/05/2026
James Sacré, America solitudes

On trouve, au nord de Santa Fe, une foire à la brocante, à côté juste
Du théâtre d’opéra dont la salle s’ouvre en plein ciel et nui, quand c’est la nuit ;
Un théâtre pour y convier
L’espace et le temps. Je sais pas si jamais
Les Indiens des pueblos y sont venus parler au monde,
Mais quelques-uns s’installent pour cette foire à côté,
Parmi d’autres gens, on peut marchander d’assez beaux tapis du Maghreb,
Des ânes en bois peint, des plaques
D’anciens shérifs américains.
Ey ce théâtre d’opéra pas loin tout contenu dormant
Dans le jour plein de chaleur…
D’un endroit l’autre, quelque chose qui se raconte ?
James Sacré, America solitudes, André Dimanche, 2010, p. 151-152.
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12/05/2026
James Sacré, America solitudes

Le paysage est soudain comme un visage qu’on rencontre.
À cause de presque rien :
Un enclos de bois gris pour les bêtes
Au fond de l’étendue de pâture sur une pente ;
Ou bien quelque cabane en planches,
Avec un reste de couleur rouge.
*
Il y eu, à ce moment qu’on passait sur la route,
Assez par ailleurs dans une campagne largement ouverte sur le ciel,
Un massif allongé de montagne, d’un seul bloc
Une masse rocheuse claire striée de rose ou de rouge léger
Quelque chose d’offert dans l’étendue de verdure
Et devant le fond plus sombre d’une vraie chaîne, un reef
Avec l’éclat, dans la grande luminosité du matin, d’une neige récente.
James Sacré, America solitudes, André Dimanche, 2010, p. 151-152.
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09/05/2026
James Sacré, America Solitudes

On se souvient mal où c’était, loin des villes
(Même quand on venait d’en dépasser une) :
Tout un déploiement de verts, la prairie,
Ses longues pentes ou ses plats jusqu’au bord mouvant
De l’horizon.
Bâtiments de ranchs qui se rapprochent,
Et leurs bouquets d’arbres. Quans les voilà tout près
D’autres se montrent là-bas très au loin
Entre les grands nuages, à une extrémité de ce qui continue d’être vert.
On a une impression d’être lavé et neuf
Après tant d’autres paysages qui s’imposaient
En formes et sentiments forts et nous mêlaient
À leurs couleurs sèches et comme à des secrets.
Pendant longtemps la prairie redit
Qu’elle est la prairie.
James Sacré America solitudes, André
Dimanche, 2010, p. 55-56.
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08/05/2026
James Sacré, America solitudes

De temps en temps on rencontre un poète
Livres, rencontres et des amis m’ont conduit
Dans les poèmes de ce pays.
Mais j’étais dans trop d’ignorance et l’oreille distraite
(Ou mal réceptive aux bruits d’une autre langue).
J’entends si peu ces poèmes :
Je n’ai jamais écrit
Dans leur langue fermée, je ne sais pas
Si je les aime ou pas.
La rumeur de tout un remuement dedans
Contenue par de beaux noms qui sont déjà du rythme :
Robet Duncan, John Ashbery…
M’y volilà plus maladroit, plus démuni
Que dans un pays sage ou parmi des gens,
Mais plus véritablement remis
Dans la compagnie de ce pays : poèmes qui me tiennent par la main
Qui m’abandonnent :
Je m’essouffle dans ma langue.
James Sacré, America solitudes, André
Dimanche, 2010, p. 43.
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