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05/05/2013

Marie Étienne, L'Aigrette, dans Le Livre des recels

Marie Étienne, L'Aigrette, dans Le Livre des recels, oiseau, lumière, amour

Tu                m'appel

                     les l'Aigrette

                     dit l'Aigrette

                     mais tu i

                     gnores que je suis

                     l'Oiseau

                     qui vient de cette Nuit     Là-bas

 

au cœur       de la Forêt

                     ce n'est pas la Noirceur

                     mais souvenir de la Noirceur

                     ce n'est pas la Lumière

                     mais souvenir de la Lumière

                     qui entretient et remercie

 

j'ai regagné   le Fleuve

                     je m'y tiens à présent

                     comme une pierre en plein midi

                     une prière sur son socle

                     ô Ciel

                     ap

                     proche ta joue

 

et vous          un Dieu

                     combien au fond d'un Dieu

                     l'Amour est long

                     à être mus

                     elé

                     approche et sens

 

[...]

 

Marie Étienne, L'Aigrette [2008], dans Le Livre des recels, Poésie / Flammarion, 2011, p. 317-318.

 

 

 

29/03/2013

Pierre Chappuis, À portée de la voix

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                 L'oiseau à tire d'aile

 

   Taillant dans le vif à tire d'aile au plus étroit du défilé comme si, issue des ténèbres, une main donnait — mais dans le vide — de grands coups de ciseaux.

 

   Le bel embrouillamini de cascades, de tourbillons, de remous, plis et replis, de gerbes d'écume qu'il traverse sans dévier !

 

   Joindra-t-il une rive de la nuit à l'autre ? En tout cas sans mettre aucun ordre ni tracer de ligne de démarcation qui vaille. Pour l'avoir frôlée, ne noircira pas l'eau, messager de l'oubli.

 

                   Geais querelleurs encore

 

   L'air qu'invisiblement, presque imperceptiblement on froisse, de l'autre côté de la haie ; venu le moment des cadeaux, on s'apprêterait, cachant mal son éclat, à dégager avec précaution quelque chose (rien moins que le jour) de son emballage encombrant quoique léger, qui se déchire, s'en va en lambeaux, poussé de côté.

 

   Peut-être un couple de geais.

 

   Leurs soudaines criailleries, tels des jurons, leur grossièreté, tandis qu'ils s'affairent ramènent sans ménagement aux tâches, aux préoccupations terre à terre.

 

Pierre Chappuis, À portée de la voix, José Corti, 2002, p. 7, 56.

 

 

10/09/2012

Émile Verhaeren, Poèmes : Les soirs, Les débâcles, Les flambeaux noirs

Émile Verhaeren, Poèmes : Les soirs, Les débâcles, Les flambeaux noirs, le cri, oiseau

                           Le cri

 

Sur un étang désert que lustra une eau brunie,

Un rai du soir s'accroche au sommet d'un roseau,

Un cri s'écoute, un cri désespéré d'oiseau,

Un cri pauvre qui pleure au loin une agonie.

 

Comme il est faible et frêle et peureux et fluet !

Et comme avec tristesse il se traîne et s'écoute,

Et comme il se répète et comme avec la route

Il s'enfonce et se perd dans l'horizon muet !

 

Et comme il scande l'heure, au rythme de son râle,

Et comme, en son accent minable et souffreteux,

Et comme, en son écho languissant et boiteux,

Se plaint infiniment la douleur vespérale !

 

Il est si doux parfois qu'on ne le saisit pas.

Et néanmoins toujours, et sans fatigue, il tinte

L'obscur et triste adieu de quelque vie éteinte ;

Il dit les pauvres morts et les tristes trépas :

 

La mort des fleurs, la mort des insectes, la douce

Mort des ailes et des tiges et des parfums ;

Il dit les vols lointains et clairs qui sont défunts

Et reposent, cassés, dans l'herbe et dans la mousse.

 

Émile Verhaeren, Poèmes : Les soirs, Les débâcles, Les flambeaux

noirs, Mercure de France, 1920, p. 63-64.