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25/05/2026

Eugène Savitzkaya, Portrait de famille

 

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Largué parmi les poireaux et tout tendu par le courant de l’eau, peut-être oublié depuis belle lurette, le tuyau d’arrosage, tantôt immobile et comme timoré, tantôt bondissant, crachote et sussurre des paroles que seule ma mère peut comprendre, ma mère toujours à l’écoute des rumeurs, et dans la brume soufflée par l’eau dans l’air, se forme un petit arc-en-ciel, un arc-en-ciel de peu de portée et qui n’aurait sa place que dans deux ou trois contes…

 

Eugène Savitzkaya, Portrait de famille, Tropisme (Bruxelles), 1992, p. 19.

20/03/2018

Eugène Savitzkaya, Portrait de famille

 

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   Une guêpe rend visite à mère couchée dans sa chambre. La guêpe est véritablement dorée et striée de suie. Son abdomen n’est séparé du thorax que par un filament mince comme un cheveu et qui semble très près de se rompre. La guêpe dit à ma mère : » Je connais cette chambre, j’y suis déjà venue à trois reprises et j’ai bu dans ton verre de sirop de cassis une bonne quantité de sucre, les parois de cette chambre sont beaucoup trop rapprochées et la vitre, froide et dure comme le haut ciel. » La guêpe dit encore : «  Je suis une femme que tu as rencontrée dans le train qui te conduisait à travers l’Allemagne, c’est moi qui, t’ayant mise en confiance — toi bouleversée et triste — t’ai volé l’enveloppe contenant toutes tes photographes, mon cœur et mes nerfs sont dans mon thorax, et mon abdomen contient le reste, et cette division nette me rend invincible. »

 

Eugène Savitzkaya, Portrait de famille, Bruxelles, Tropismes, 1992, p. 7-8.