14/02/2026
Jacques Réda, Le sens de la marche

Ces longs soirs d’été lumineux sont, pour le solitaire,
En voyage, sont parfois difficiles à supporter.
Il achète au dernier moment un morceau de pâté,
Regagne sa chambre au confort assez rudimentaire,
Mange vite, boit trop de vin en fumant, considère
Le lit, le lavabo, l’armoire au volume hanté
Et, par un carreau, les maisons qui, d’autre côté
De la rue ont déjà baissé leurs rideaux. L’Angleterre
Est alors aussi loin que les Andes ou le Tibet.
Ces murs, ces toits ne disent rien d’autre que solitude.
Après quelques jours cependant on en prend l’habitude.
Mais, venu l’instant du départ, le seuil qu’on enjambait
Distraitement, soudain se rappelle à nous et dévie
En travers de ce temps perdu qui fut aussi la vie.
Jacques Réda, Le sens de la marche, Gallimard, 1990, p. 91.
Publié dans ANTHOLOGIE SANS FRONTIÈRES, Réda Jacques | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jacques céda, le sens de la marche, solitude |
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