12/02/2026
Cole Swensen, et et et

La poésie a toujours tenté de capitaliser le potentiel productif de cette tendance du langage à tout obscurcir, la maximisant par métaphore compacte, allusion voilée, jeu de mots crypté — il y a mille manière, y compris celle particulièrement populaire depuis quelques dizaines d’années, le fragment. Phrases si vite coupées. Schlac. Nous vivons une époque friande d’abîmes soudains, laissant les lecteurs frénétiquement pédaler dans le vide, tel le Vil Coyote des dessins animés des années 50. C’est l’imminence de la chute qui donne le vrai frisson — on dit que c’est cela qui est addictif dans les jeux d’argent. — non l’inépuisable espoir du gain mais le saut viscéral, la simple idée du choc de la chute vers la destruction totale. Joli début pour un poème.
Cole Swensen, et et et, Corti, 2025, p. 12
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13/01/2026
Cole Swensen, Et et et

Jeu
J’y pense au sens où l’on pourrait dire Il y a trop de jeu dans ce volant — trop de marge d’errance à gauche comme à droite — on pourrait déraper ; on ne tient pas la route. En ce sens ça me fait penser au jeu inhérent aux mots — l’embardée d’un nom dans un verbe qui peut l’expédier encore plus loin, n’importe où, dans n’importe quelle partie du discours. Et le voilà parti, se précipitant dans le vide, pensant Mais je viens sjuste de vérifier la parallélisme et puis Mais le parallélisme n’a rien à voir avec ça.
Cole Swensen, Et et et, traduction de l’anglais Maïtreyi et Nicolas Pesquès, éditions Corti, 2025, p. 90.
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