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29/04/2026

Bertrand Degott, Correspondances

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Notes d’après Pentecôte 

 

               III

 

Tu mets en brassées l’herbe

que tu n’as pas coupée

 

tu remues la brouette

avec tes mains gantées

 

je ne sais si ma place est là

rien qu’à te regarder

         dans le jardin

 

 

à la chaleur du soleil il

y a tout ça de fragile

de blanc et d’embaumant

 

comme une branche casse

        au seringa

 

tout va très vite ainsi

       dans l’efficace

 

à craindre les regards

juste un peu plus que les regains

 

— et d’ailleurs le temps passe

       la pie jacasse

et le melon mûrit

       sur la terrasse

 

Bertrand Degott, Correspondances,

éditions Tarabuste, 2026, p. 24-25.

28/04/2026

Bertrand Degott, Correspondances

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Notes d’après Pentecôte

 

             II

 

Entre la poutre et le torchis

tu fais passer ta main pour éprouver le vide

 

— mais oui, parfois

lorsque la fenêtre est ouverte

en grand sur la campagne

 

les hirondelles

entrent pour y nicher —

les martinets ont beau crier

leur douleur sur les toits

 

tu voudrais concilier

(tel est notre débat)

 

la périlleuse intranquillité

et ton besoin de ciel

 

avec la douceur de t’asseoir

à l’ombre en compagnie

d’un noisetier déchiré par l’entaille.

 

Bertrand Degott, Correspondances,

Tarabuste éditeur, 2026, p. 23.

25/04/2026

Bertrand Degott, Correspondances

 

bertrand degott, correspondances,pentecôte

Notes d’après Pentecôte

 

                I

 

Tandis que tu dormais encore

j’ai ouvert les volets

        sur le jardin

 

le rosier jaune est là

dont un vase déborde

         à l’intérieur

 

le fouillis d’herbes folles

les chants et le va-et-vient des oiseaux

les peupliers avec leur tremblement

 

sur tout ça l’inquiétude

et la respiration

 

— s’il me fallait des preuves

de ton corps à l’étage —

 

s’installe peu à peu

doucement se mélange

 

aux première lueurs

 

Bertrand Degott, Correspondances,

Tarabuste éditeur, 2026, p. 22.

29/04/2022

Éric Villeneuve, Tache jaune / Monochrome bleu / Sorte de blanc

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   Si semblables que nous puissions être en tant que couleurs d’une même série, d’une même « lignée », il n’en demeure pas moins que nous peinons à communiquer.

   C’est comme si nous n’avions pas accès les uns aux autres, en vérité : dans l’espace, peut-être, mais pas dans le temps.

 

   Moi le « jaune », par exemple, j’aurais besoin d’aide pour rejoindre le moment précis du conte où « l’enfant chérie » du roi devint une « sorte de blanc ».

   À refléter une si grande infortune, cet épisode conserve une part d’opacité.

   J’aimerais déceler tout ce qui m’a échappé tandis que je l’évoquais, tout ce qui a été fondu dans ce malheur d’enfant : différentes histoires, sans doute, liées entre elles par de subtiles correspondances mais renvoyant chacune à une identité bien définie.

Éric Villeneuve, Tache jaune  / Monochrome bleu / Sorte de blanc, LansKine, 2022, p. 101.

 

 

09/10/2021

Philippe Jaccottet, Ponge, pâturages, prairies

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En se rejoignant

elles deviennent silencieuses

les eaux de montagne

 

   Qu’a donc voulu dire Buson en écrivant ce haïku, sinon, apparemment, ceci : qu’au moment où confluent au fond de la vallée les torrents descendus des montagnes, on cesse d’entendre le bruit de leurs eaux ? Belle découverte !

   Il se trouve toutefois que l’extrême concision du haïku, en ne laissant passer dans les mots que quatre éléments : la montagne, les eaux, leur confluence et le silence qui s’ensuit, en les associant comme elle le fait dans un mouvement et une sorte de métamorphose, permet au poète de susciter, autour de ce presque rien, un espace ouvert où la rencontre de ces éléments, dont chacun est lié pour nous à un nombre très élevé de correspondances intérieures, de souvenirs et de rêves peut prendre sa plus large et plus profonde résonance. En cela, de surcroît, sans avoir l’air d »’y toucher, sans que cette notation qui serait, formulée autrement, à la limite de l’insignifiance, soit aucunement montée en épingle.

 

Philippe Jaccottet, Ponge, pâturages, prairies, le bruit du temps, 2015, p. 47-48.

14/07/2012

Étienne Faure, Correspondances, dans Théodore Balmoral

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Transie je suis sur le quai d'hiver

et tente en vain l'espoir au cœur

d'arriver à temps malgré la neige,

le gel qui tout met à distance

derrière la vitre de ce temps où l'on s'aimait

sans hésiter, prenant la vie

comme si elle venait, à perdre connaissance

puis vie, de nouveau se perdre

depuis le quai où l'on s'est tant quittés

dans les films, yeux mouillés par l'histoire,

à dire adieu d'un geste sec,

de la main, du mouchoir — nous sommes quittes —

tandis qu'on maudit dans la buée de son souffle

le mouvement trop lent qui déplace

les corps, les rapproche, trop tard

pour prendre avec le monde, en sa fusion même

langue — c'était cela sans doute

être éprise

 

rapprochements

 

Étienne Faure, Correspondances, dans "Théodore Balmoral",

Printemps-Été 2012, p. 147.

© Photo Tristan Hordé.