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05/02/2018

Pascal Quignard, Sur l'image manquante à nos jours

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                           Sur l’image manquante

 

(…) la première figuration humaine, du moins à ce jour (…) a été découverte en 1940. Cette fresque très ancienne se trouve au-dessus du petit bourg de Montignac. (…) Au milieu des bois, l’archéologue qui est de service attend dans sa petite maison de ciment. Il prend sa sacoche et nous guide jusqu’à l’entrée de la grotte de Lascaux. On pénètre dans la pénombre. Il referme sur nous une épaisse porte de sous-marin et la verrouille. On est soudains les pieds dans la créosote et plongé dans la nuit. On purifie ses chaussures. On commence par respirer avec difficulté, on est un peu oppressé. Après que les yeux de chacun se sont accoutumés à l’obscurité de la caverne, l’archéologue distribue des minuscules lanternes, afin de les tenir à la main durant tout le parcours, qui sont des sortes de crayons lumineux. On projette la lumière sur le sol, on fait attention où on marche. On descend dans le puits. On projette la pointe de sa lueur sur le rhinocéros. On délinéine, avec la ligne de sa lueur, une sorte d’homme à bec d’oiseau qui se renverse. On détoure un bison percé d’un épieu qui retourne sa tête parce qu’il meurt. Cela se lit de droite à gauche puisque l’homme-corbeau tombe de la droite vers la gauche. On ignore quelle est l’action qu’o voit mais l’action n’est pas achevée. C’est l’instant d’avant. Cet homme n’est plus debout mais il n’est pas encore complètement tombé. Il est tombant.

 

Pascal Quignard, Sur l’image qui manque à nos jours, Arléa, 2014, p. 9-10.

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