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07/04/2026

John Keats, Sonnets

 

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À une dame entrevue quelques instants à Vauxhall

 

Cinq ans la mer du temps a lentement baissé,

Longues heures lissant du sable les reflux,

Depuis que je fus pris aux rets de ta beauté,

Et piégé par ta main dégantant ta peau nue.

 

Depuis je ne puis voir le ciel en son minuit,

Mais l’éclat de tes yeux qui brillent en ma mémoire ;

Je ne puis voir la rose et son doux coloris,

Mais volant vers ta joue mon âme qui s’égare.

 

Je ne puis plus aimer la fleur qui va éclore ;

Mais mon oreille aimante à tes lèvres rêvant

Et qui en guette un soupir amoureux, dévore

 

Ses douceurs en inversant le sens — éclipsant

D’un souvenir heureux tous mes autres délices,

C’est dans mes joies d’amour souffrance que tu glisses.

 

John Keats, Sonnets complets, suivi de La Belle Dame sans

merci et des Odes, édition Miguel Egaña, Classiques

Garnier, 2026, p. 111.

06/04/2026

John Keats, Sonnets

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     Sur la sauterelle et le grillon

 

La poésie de la terre ne meurt jamais :

Quand l’oiseau étourdi par le soleil ardent

Se cache sous l’arbre frais, une voix courant

Parmi les prés fauchés, saute de haie en haie ;

 

C’est la sauterelle — la première aux aguets

Pour s’enivrer d’été — jamais n’en finissant

Avec tous ses plaisirs ; car enfin se lassant,

Elle élit pour repos une herbe aux doux attraits.

 

La poésie de la terre ne peut cesser :

Quand par une triste nuit d’hiver, la gelée

A figé le silence, il dort de l’âtre un cri

 

Poussé par le grillon, qui monte en s’échauffant,

Et semble pour celui qui somnole à demi,

La sauterelle au loin dans les monts verdoyants.

 

John Keats, Sonnets complets, suivi de La Belle

Dame sans merci et des Odes, traduction Miguel

Egaña, Classiques Garnier, 2026, p. 79.

05/04/2026

John Keats, Sonnets

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Le jour a disparu, emportant ses plaisirs

 

Le jour a disparu, emportant ses plaisirs !

Suaves lèvres et voix douce main, sein moelleux,

Souffle chaud, murmure léger, tendres soupirs,

Yeux brillants, forme accomplie, buste langoureux.

 

Effacés cette fleur et ces charmes à naître

Effacée de mes yeux ta vue qui resplendit,

Effacée de mes bras la beauté de ton être,

Effacés voix, chaleur, blancheur et paradis.

 

Évanouis avant l’heure à la tombée du soir,

Quand l’obscur jour de fête — ou bien la nuit de fête —

De l’amour aux rideaux parfumés, dans le noir

 

Tisse un ténébreux voile aux voluptés secrètes.

Mais, comme j’ai bien lu son missel aujourd’hui,

Amour m’endormira, tant je jeûne et je prie.

 

John Keats, Sonnets complets, suivi de La Belle Dame sans

merci et de Odes, édition bilingue de Miguel Egaña,

Classiques Garnier, 2025, p. 153.

14/09/2022

John Keats, La poésie de la terre ne meurt jamais

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Quand j’ai peur à l’idée que je pourrais cesser d’être...

 

Quand j’ai peur à l’idée que je pourrais cesser d’être

Avant que ma plume ait glané mon cerveau fourmillant,

Avant qu’une pile de livres, en caractères d’imprimerie,

Engrange le blé bien mûr comme de riches greniers ;

Quand je contemple, sur le visage étoilé de la nuit,

Les immenses symboles nuageux d’une noble idylle,

Et je me dis que je ne pourrai jamais vivre pour suivre

Leurs ombres, avec la main magique de la chance ;

Que je ne poserai jamais plus les yeux sur toi,

Ne connaîtrai jamais de plaisir dans le pouvoir féérique

De l’amour insouciant ! — puis sur la rive

Du vaste monde je me tiens seul, et je réfléchis

Jusqu’à ce qu’Amour et Renom sombrent dans le néant.

 

John Keats, La poésie de la terre ne meurt jamais, traduction

Cécile A. Holdban, Poesis, 2021, p. 91.