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26/07/2017

Elsa Morante, Aracoeli

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   C’étaient les premières années de l’après-guerre. J’avais presque seize ans. L’été. Le temps des vacances. Mais les moyens de ma famille ne me permettaient aucune villégiature. Le reliquat de nos propriétés familiales suffisait à peine et bien chichement à payer mes études. Une fois terminé le premier cycle, j’avais obtenu mon diplôme au collège des prêtres, perché sur la colline piémontaise. Avec l’automne, je devais commencer le lycée.

   Les premiers jours de septembre, une de nos connaissances m’invita à passer une journée dans une petite ville de la Ligurie, au bord de la mer, où se déroulait une fête populaire en l’honneur de la Vierge, qui attirait des gens de toute la région. Pour moi, pareille excursion représentait un vrai voyage et un événement. Cependant j’avais pris désormais en aversion l’Église et ses curés. Je me rappelle cette fête populaire comme un mauvais rêve. Le simulacre de la Vierge qui, de temps à autre, réapparaissait en vacillant au fond des rues, je le voyais maintenant avec mille répugnances et révoltes, presque une parodie de mon enfance enfin reniée. Il avait quelque chose de cadavérique, à l’égal de certaines poupées anciennes qui reposent, les yeux révulsés, dans la poussière des greniers. Ma journée se passa en une continuelle fuite obstinée pour éviter les tours et les retours de la procession porteuse de l’horrible pantin.

 

Elsa Morante, Aracoeli, traduction de l’italien Jean-Noël Schifano,Gallimard, 1982, p. 84-85.

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