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12/01/2023

Stephen Romer, Ermenonville

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              Ermenonville

 

Ce fut ainsi jadis, ça l’est encore aujourd’hui,

le temps d’un après-midi,

 

à bicyclette, roues ensablées

dans le désert d’Ermenonville

 

où les filles du feu font flotter leurs spectres

au fond vague des avenues.

C’étaient elles les démons de la mélancolie

là parmi les fougères,

 

elles les sirènes qui m’ont rendu fou.

Pour garder la tête froide cette fois-ci, j’ai ramassé

 

une pomme de pin que j’ai mise dans ma poche

tandis que tu pédalais devant moi

 

sur le chemin qui va à Mortefontaine

où Corot a peint en taches argentées,

 

au-delà du puits sur la route

à l’eau calme et claire.

 

Cette fois-ci les yeux étaient les tiens

seuls, doux et baissés,

 

croisant les miens par-delà les années

 avec tes cheveux en chignon, ton dos bien droit,

 

un port de reine,

comme ce jour d’antan où je t’aperçus,

sur ton vélo, papoose sanglé derrière toi,

sortant résolument de ma vie.

 

Stephen Romer (né en 1957), Ermenonville, dans Anthologie de poésie britannique au tournant du XXIe siècle,édition bilingue, traduction Martine De Clercq et Jacques Darras, Poésie/Gallimard, 2022, 560, p.351 et 353.

 

 

 

 

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