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02/02/2013

Jean Follain, Usage du temps

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                  Figures du temps

 

Cet idéal ciel il semble qu'il ne forme

qu'une unique armoirie

un blason solitaire.

 

En ce temps où Paris était tout un théâtre

et des corps de femme

un sésame

des filles vivaient qui avaient vingt ans

à beautés vivaces

à semblables voix

 

et parfois dans la chaleur de Rome

par mégarde un pape brisait son verre

et l'eau claire en coulait

la même absente du calvaire.

 

Sur les objets chaque jour la poussière

était lentement essuyée

avec un morceau déchiré

du corsage étoilé des fêtes

tissé dans la manufactures

que cernaient les prés et les nuages.

 

Des maisons pleines de lâches,

de forçats, de déserteurs,

montraient des barrières en fleur.

 

Souvent une main se refermait

comme une prison de chair

sur un insecte à couleur d'or

et féru de silence.

 

Vers les classes les drapés les champs

descendaient dans leurs plis antiques

et l'écolier cherchait les péninsules.

 

L'arbre et le bouquet

mendiaient l'existence

feuille par feuille et fleur par fleur.

 

Le jardinier éclairé par des lueurs

conduisait sa maîtresse à travers les châssis

cependant que lignes et volumes

ne cessaient pas de gouverner un buste exquis.

 

Jean Follain, Usage du temps, Poésie / Gallimard,

1983 (1943), p. 196-197.

 

14/01/2012

Jean Follain, Usage du temps

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      Quincaillerie

 

Dans une quincaillerie de détail en province

des hommes vont choisir

des vis et des écrous

et leurs cheveux sont gris et leurs cheveux sont roux

ou roidis ou rebelles.

La large boutique s'emplit d'un air bleuté,

dans son odeur de fer

de jeunes femmes laissent fuir

leur parfum corporel.

Il suffit de toucher verrous et croix de grilles

qu'on vend là virginales

pour sentir le poids du monde inéluctable.

 

Ainsi la quincaillerie vogue vers l'éternel

et vend à satiété

les grands clous qui fulgurent.

 

Jean Follain, Usage du temps, Poésie / Gallimard,

1983 [1943], p. 160.