08/09/2026
Jacques Roubaud, Trente et un au cube

finster sam der Tod
DE TA VUE JE MEURS de te voir, d’être tes yeux, leur gris et leur bleu selon l'instant de la nuit, chaque temps de la vue est
mort, de la durée se dépose en moi, segments ma vie : « le monde au- dehors est riant jeune et rouge vert mais en dessous est noir
sombre comme la mort » moi je meurs de ta vue les yeux me dilatent, me réduisent à un point, je les emporte partout,
poison de couleur, contact de la couleur, gris, bleu-gris selon les horaires de l’eau, ta mort se déclenche en moi, je vis
dans ta vue, qui monte ma mort comme horloge, comme salive, qui apprête ma mort, je suis dans le point bouillant de ta vue
[…]
Jacques Roubaud, Trente et un au cube, Gallimard, 1973, p. 113.
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