04/09/2026
Jean Ristat, Le Fil(s) perdu

Cinquième méditation
J’écrivis ces jours derniers : Boileau c’est moi. Il me semblait que ce n’était là qu’un premier pas : l’individualisme en littérature reste une séquelle de l’ancien régime bourgeois. La propriété littéraire, outre qu’elle est une malhonnêteté — comment prouver que Boileau est Boileau, est bien l’auteur de … ? et quand bien même l’on prouverait qu’il écrivit effectivement, à une période donnée de sa vie, telle ou telle œuvre, quel est ce IL ? Quel rapport y a-t-il entre le Boileau des Épîtres et celui des Satires, ou de L’Art poétique ? Je revendique pour les écrivains le droit à leur autodétermination : ainsi Boileau c’est moi. Outre qu’il y a une malhonnêteté à passer de l’individualité problématique (unitaire) de l’écrivain à la propriété — j’affirme que celle-ci est un vol.
Boileau c’est moi. Boileau c’est nous.
Jean Ristat, Le fil(s) perdu suivi de Le lit de Nicolas Boileau et de Jules Verne, Gallimard, 1974, p. 69.
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