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17/08/2019

Juan Rodolfo Wilcox, Les Jours heureux

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La lune descend des platanes immobiles. T’aimer

n’est qu’un grand silence dans les courants

de la nuit indécise.

Si quelqu’un, qui sait, passait avec ton visage,

si on me posait une question avec ta voix,

ô indifférent ! tout

tomberait subitement dans l’espace ;

on me verrait couché autour des arbres,

serrant leur tronc comme le brouillard du crépuscule,

perdu dans les escarpements enfoncés,

éloigné

par où passe la nuit.

 

La luna desciende de los plátanos  inmóviles. Quererte

no es más que un gran silencio en las corrientes

de la noche indecisa.

Si alguien, tal vez, pasara con tu rostro,

si me preguntaran algo con tu voz,

oh indiferente ! todo

caería de pronto en el espacio,

me verían extendido alrededor de los árboles,

encerrando sus troncos como la neblina del crepúculo,

perdido en el fondo de las barrancas ;

alejado

por donde pasa la noche.

 

Je porte un chiffre sur le cœur, un sceau

de t’aimer comme si le silence s’téait inscrit

dans la chair profondément ; et j’ai parcouru

des galeries de feuilles passionnées, des chemins

qui s’ouvraient au soleil, hurlant, s’arrachant,

te râpant jusqu’à l’âme. Ô s’il m’était donné

de ne pas te voir apparaître, immuable,

là où l’amour naît, comme une image

au fond de l’eau !

 

Llevo un numéro sobre el corazón, un sello

de quererte, como si el silencio se inscribiera

profundamente en la carne ; y he discurrido

por galerías de hojas apasionadas, per caminos

que iban a dar al sol, gritando, arrancándote,

raspándote del alma. Oh si me fuera dado

no verte aparecer, inmutable,

allí donde nace el amor, como una imagen

en el fondo del agua !

 

 

Juan Rodolfo Wilcox, Les Jours heureux[Los Hermosos días],

traduction de l’espagnol (Argentine) et présentation

par Silvia Baron Supervielle, Collection Orphée,

La Différence / Unesco, 1994 [1946], p. 56-57 et 66-67.

 

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